Mes cours de philosophie. Ordre ou désordre? Maryse Emel

L'antiphilosophie risque, par sa stérilisation et le tarissement à la source, de fabriquer une génération d'abrutis manipulables et parfaitement dociles, incapables non seulement de réagir, mais de comprendre l'enjeu" V.Jankelevitch

autorité, autoritarisme

Publié le 1 Décembre 2012 par maryse.emel in quelques pensées..les miennes..

http://blogs.rue89.com/lettres-sara-fistole/2012/12/01/jai-lu-votre-offre-guere-plus-convaincante-quune-liste-de-courses

 

« J’ai Lu » votre offre, guère plus convaincante qu’une liste de courses

Publié le 01/12/2012 à 18h34

Annonce de stage pour J’ai lu

Madame, Monsieur,

J’ai lu votre annonce.

D’une manière générale, je dirais qu’il manque une structure, un peu de clarté, une entrée en matière : quelque chose qui donne envie, une petite étincelle qui encourage à postuler. Vous n’êtes pas sans savoir que le jeune diplômé est un être solitaire et dépressif. Surtout en cette période de Noël où il observe, la larme à l’œil, les salariés du monde entier se bousculer à la caisse de la Fnac pour un nouvel Ipad.

Il lui faut du rêve, un peu de guirlandes lumineuses autour de ce sapin qu’il n’a pas et qu’il envie à ses voisins. Oui, le jeune diplômé souffre : il a besoin d’un peu de chaleur au fond de son cœur, de tickets-restaurant et d’une carte de transports. Il faut venir le chercher, lui prendre la main et lui promettre le bonheur.

Or, votre offre de stage n’est guère plus convaincante qu’une liste de courses. Il aurait fallu introduire votre sujet, établir une problématique pertinente, la développer en plusieurs points et trouver LA formule de conclusion qui nous donne envie, à nous, jeunes diplômés, de donner une suite favorable à votre appel. Car nous n’avons pas choisi de recevoir une offre de stage de votre part, c’est vous qui demandez un stagiaire pour remplacer un poste vacant ou un congé maternité, peu importe. En cela, vous nous devez le respect.

Sachez que nous sommes prêts à vous offrir nos compétences littéraires et notre amour du travail bien fait. Mais je suis désolée, votre annonce n’est pas attirante. Votre description est molle, sans intérêt : vous ne manifestez aucune motivation. Avez-vous pensé que nous hésitons chaque jour entre mille offres de stage ? La concurrence est rude et vous n’avez aucune chance de nous obtenir si vous ne faites pas un petit effort.

Nous avons le droit à des phrases entières

Nous vies valent plus qu’une liste de courses. Nous avons le droit à des phrases entières et à une ponctuation élaborée. Ne serait-ce qu’un tiret, une conjonction, un complément d’objet, que sais-je encore, un point d’exclamation ! Un peu d’entrain ! Mais non. Vous vous contentez de mots-clés et de morceaux d’idées. Sans compter cette manière autoritaire que vous avez d’imposer les mois de DECEMBRE et JANVIER, en majuscules, comme si c’était un ordre, une menace, un monstre. Comme si le jeune diplômé n’avait pas de vie à côté, alors que LES VACANCES DE NOEL NE SERONT MEME PAS TERMINEES. IMAGINEZ UN PEU UNE CANDIDATURE EN MAJUSCULES ET VOYEZ COMME C’EST AGACANT. On ne peut même pas faire de C cédille. Vraiment, les lettres minuscules seraient plus appropriées. Moins prétentieuses, plus accueillantes. Une convention de stage n’a pas besoin d’être en majuscules pour être OBLIGATOIRE. Le mot suffit de lui-même, vous ne trouvez pas ?

Face à cette annonce, nous sommes donc en droit de douter de votre qualité de maison d’édition, d’autant plus que vos libertés typographiques traduisent un certain mépris des candidats. Pour cette raison, je vous prierais de revoir votre copie et de nous l’adresser à nouveau, en tenant compte de mes remarques. Je vous promets d’y regarder de plus près, une fois que j’aurai votre nouvelle version.

Vous remerciant par avance du soin que vous voudrez bien apporter à votre annonce, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, TOUTE MA CONSIDERATION POUR LA LANGUE FRANCAISE.

Sara Fistole.

 http://l-inevitable-rendez-vous.fr/wp-content/uploads/2011/12/autorit%C3%A9-3-caporal-criant-sur-un-officier-150x150.jpg

      "Puisque l'autorité requiert toujours l'obéissance, on la prend souvent pour une forme de pouvoir ou de violence. Pourtant l'autorité exclut l'usage de moyens extérieurs de coercition ; là où la force est employée, l'autorité proprement dite a échoué. L'autorité, d'autre part, est incompatible avec la persuasion qui présuppose l'égalité et opère par un processus d'argumentation. Là où on a recours à des arguments, l'autorité est laissée de côté. Face à l'ordre égalitaire de la persuasion, se tient l'ordre autoritaire, qui est toujours hiérarchique. S'il faut vraiment définir l'autorité, alors ce doit être en l'opposant à la fois à la contrainte par force et à la persuasion par arguments. La relation autoritaire entre celui qui commande et celui qui obéit ne repose ni sur une raison commune, ni sur un pouvoir de celui qui commande ; ce qu'ils ont en commun, c'est la hiérarchie elle-même, dont chacun reconnaît la justesse et la légitimité, et où tous deux ont d'avance leur place fixée".

 


 

 

Hannah Arendt, La Crise de la culture, 1954, Foliop. 123.

 


    "C'est tout d'abord à des personnes que revient l'autorité. Seulement l'autorité des personnes n'a pas son fondement ultime dans un acte de soumission et d'abdication de la raison, mais dans un acte d'acceptation et de reconnaissance : nous reconnaissons que l'autre nous est supérieur en jugement et en perspicacité, que son jugement nous devance, qu'il a prééminence sur le nôtre. De même l'autorité ne se concède pas proprement, mais s'acquiert et doit nécessairement être acquise par quiconque veut y prétendre. Elle repose sur la reconnaissance, par conséquent sur un acte de la raison même qui, consciente de ses limites, accorde à d'autres une plus grande perspicacité. Ainsi comprise dans son vrai sens, l'autorité n'a rien à voir avec l'obéissance aveugle à un ordre donné. Non, l'autorité n'a aucune relation directe avec l'obéissance : elle repose sur la reconnaissance. Certes, il faut de l'autorité pour pouvoir donner des ordres et se faire obéir. Mais ceci n'est que la conséquence de l'autorité que quelqu'un possède. De même l'autorité anonyme et impersonnelle du supérieur hiérarchique, résultant de l'ordre dans lequel s'insère le commandement, ne naît pas en définitive de cet ordre, mais ne fait que le rendre possible. Son fondement véritable est ici aussi un acte de liberté et de raison ; laquelle confère fondamentalement une certaine autorité au supérieur, pour autant qu'il voit les choses de plus haut, ou parce qu'il est plus expert, donc, ici aussi, parce qu'il en sait davantage. Ainsi la reconnaissance de l'autorité est toujours liée à l'idée que ce que dit l'autorité n'est pas arbitraire ni irrationnel, mais peut être compris dans son principe".


 

Hans-Georg GadamerVérité et méthode, 1960, trad. Etienne Sacre, revue et complétée par Pierre Fruchon, Jean Grondin et Gilbert Merlio, Le Seuil, 1996, pp. 300-301

 

 

Bergson           La société comme autorité morale


« Le souvenir du fruit défendu[1] est ce qu’il y a de plus ancien dans la mémoire de chacun de nous[2], comme dans celle de l’humanité[3]. Nous nous en apercevrions si ce souvenir n’était recouvert par d’autres[4], auxquels nous préférons nous reporter. Que n’eût pas été notre enfance si l’on nous avait laissé faire[5] ! Nous aurions volé de plaisir en plaisir. Mais voici qu’un obstacle[6] surgissait, ni visible ni tangible : une interdiction[7]. Pourquoi obéissons-nous[8] ? La question ne se posait guère ; nous avions pris l’habitude d’écouter[9] nos parents et nos maîtres. Toutefois, nous sentions bien que c’était parce qu’ils étaient nos parents[10], parce qu’ils étaient nos maîtres. Donc, à nos yeux, leur autorité venait moins d’eux-mêmes que de leur situation par rapport à nous. Ils occupaient une certaine place : c’est de là que partait, avec la force de pénétration qu’il n’aurait pas eue s’ils avait été lancé d’ailleurs, le commandement. En d’autres termes, parents et maîtres semblaient agir par délégation[11]. Nous ne nous rendions pas nettement compte, mais derrière nos parents et nos maîtres nous devions quelque chose d’énorme ou plutôt d’indéfini, qui pesait sur nous de toute sa masse par leur intermédiaire. Nous dirions plus tard que c’est la société[12] ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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