Mes cours de philosophie. Ordre ou désordre? Maryse Emel

L'antiphilosophie risque, par sa stérilisation et le tarissement à la source, de fabriquer une génération d'abrutis manipulables et parfaitement dociles, incapables non seulement de réagir, mais de comprendre l'enjeu" V.Jankelevitch

Cinéma et philo 3

Publié par maryse.emel in cinéma et philo


Elena
Bande annonce vost publié par CineMovies.fr - Les sorties ciné en vidéo

Où est la morale dans Eléna ? Où est Dieu ? Elle oublie de se couvrir la tête quand elle va à l’Eglise, signe probable d’une faible conviction religieuse…elle tue un homme au passé don juanesque qui semble peu attaché à elle, de même qu’elle lui est peu attachée…La morale ?? il n’y en a pas dans ce film. Elle profitera de son crime et continuera l’entretien d’un fils qui se laisse entretenir, motivé seulement par la bière, les jeux vidéos, l’argent et le sexe…il a oublié de grandir, plus copain avec son fils que père exerçant son autorité…

L’amour est inexistant au même titre que la morale. L’argent ne cesse de circuler dans le film, nouvelle violence plus insidieuse que  celle qui se manifeste physiquement à un moment du film lorsque Sacha se bat dans la boue. Certes cette dernière violence est visible, elle laisse des marques sur le visage. Mais celle de l’argent est pire car cachée comme les liasses de billets dans le coffre-fort de Vladimir.

L’amour ? il y a cependant celui d’Iréna pour son fils et ses petits fils, un amour sacrificiel, presque rédempteur. Celui de Vladimir pour sa fille Sonia… Pourtant ce don de soi n’est accompagné d’aucun retour. Pur don de la part d’Eléna. Monnayé par l’héritage dans le cas de Vladimir…une chose est sûre : l’amour maternel est plus fort que la morale, plus fort que la foi en Dieu. Cet amour est prêt à tous les renoncements …de soi.

Mais cet amour ne protège pas l’enfant de la chute à l’image du nourrisson qui a la fin du film se relève au risque de tomber. Cet amour ne permet qu’une seule chose, donner du sens à la vie de la mère, qui n’habite plus depuis longtemps le territoire de la femme. Pour Elena la fille de Vladimir ne peut être que stérile ou prostituée puisqu’elle n’a pas d’enfant..D’ailleurs Sonia avoue elle-même ne boire et se droguer que le weekend …elle ne sait pas où elle va..

Un monde en perte de sens, à la dérive qui ne sait plus où aller….Elena se raccroche à la figure de la mère dans un monde où cette figure n’existe plus comme le montre le personnage inversé d’Elena, sa belle-fille….

Résistance passéiste,  nostalgique de la part d’Elena ou désespoir face à un monde sans espoir ? Figure du courage peut-être…une Mère Courage qui rassemble autour d’elle les ruines pour…personne ne le sait, sauf peut-être l’enfant qui à la fin du film tente de se redresser…et de marcher vers son avenir….

 

 

JULIA

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Interview de Erick Zonca

Comment est né JULIA ? 
Mon désir est né d’une image d’Helmut Newton, une femme rousse et flamboyante au volant d’une BMW à L.A . J’ai tout de suite eu envie de confronter cette image glamour avec quelque chose de plus violent : la déchéance causée par l’alcool, l’enfermement, les mensonges, la perte de soi et le rapport vicié à autrui, une déshumanisation de l’être. 

Qui est exactement Julia ? 
Une femme qui croit qu’elle peut encore faire illusion et qui en même temps sent qu’elle est en train de s’effondrer. Elle va prendre une décision folle et violente au mépris de toute considération humaine, persuadée que son salut est dans l’argent. Elle se retrouve alors dans une course effrénée, où les événements vont la forcer à retrouver sa part d’humanité. Et c’est cela qui m’intéressait : non pas un personnage conscient de ses actes, mais un personnage que l’action pousse à changer. 

Comment vous est venue l’idée de Tilda Swinton pour Julia ? 
Dès l’image d’Helmut Newton, ma co-scénariste, Aude Py, et moi-même avons pensé à Tilda, à son étrangeté, à sa beauté, à son grand corps qui pouvait chanceler sous l’effet de l’alcool. Notre première rencontre a été foudroyante : son énergie, sa vitalité, sa façon très physique de s’exprimer ont confirmé mon intuition. J’avais envie d’un personnage très vivant, très grande gueule, et c’était elle, alors même que Tilda est à l’opposé de Julia, elle ne boit jamais. D’ailleurs, le veille du tournage, très consciencieuse, elle a voulu boire, mais après deux verres, elle s’est endormie ! 

Comment a-t-elle influencé l’écriture du personnage ? 
Elle ne l’a pas influencée, elle s’est complètement plongée dans ce qu’on lui proposait. Tilda place toute sa confiance dans le réalisateur, elle m’a dit : «je suis une marionnette et tu tires les ficelles». En réalité, c’est plus complexe, le personnage est apparu dans l’échange : je donnais une direction, et Tilda faisait preuve d’une très grande inventivité. Avec le nombre de prises que je prends... son énergie est inépuisable ! 

Est-ce que c’était facile pour vous de combiner des éléments du thriller avec une étude de personnages ? 
J’avais envie de partir d’un personnage, du chaos de son quotidien, quand on pense à un alcoolique, pour l’enserrer petit à petit dans une intrigue de thriller. Plutôt qu’une difficulté c’était un enjeu, emmener le spectateur là où il ne s’y attend pas. 

Pourquoi avez-vous choisi de tourner le film au Mexique et aux États-Unis ? 
J’avais envie de grandes étendues, de lumière, de couleurs. D’où Los Angeles plutôt que New York. Je ne voulais pas emprisonner une histoire violente et sombre dans la verticalité. Quant au Mexique, alors qu’il semble être une issue, la violence va s’y décupler, du fait même que Julia est américaine. Tijuana est une ville totalement tournée vers les États-Unis et son argent. Le rêve américain y est inaccessible pour la plus grande partie de la population mexicaine qui y réside. 

Quelles ont été vos différentes inspirations pour l’aspect visuel du film ? 
J’ai déjà parlé de l’image d’Helmut Newton, il y a bien évidemment Cassavetes mais également Nan Goldin qui en est pour moi une prolongation ; ils montrent chacun à leur manière une réalité crue, des drames violents, avec un sens de la mise en scène, de la lumière, des couleurs qui forcent le spectateur à se retrouver devant quelque chose qui a à voir avec la vie plutôt qu’avec le spectacle. Tout en étant dans une logique de thriller, j’ai eu envie d’enrichir l’intrigue de ces qualités-là. 

Comment c’était de travailler avec des acteurs mexicains et américains ? 
Ça a été une expérience fabuleuse. Ce que j’ai remarqué c’est que les acteurs américains arrivaient sur le plateau réellement nourris de tout ce qu’ils avaient imaginé pour incarner leur personnage, des détails, des expériences, des émotions dont ils voulaient parler avec moi pour préciser, ajuster au plus fin leur interprétation. Un travail d’enrichissement perpétuel. Saul Rubinek, par exemple, pouvait parler des heures de Mitch, de sa relation aux autres personnages tout en étant extrêmement à l’écoute de tout ce que je pouvais lui proposer, même si parfois c’était difficile de l’arrêter. Les mexicains étaient moins expansifs par rapport aux déterminations et aux motivations de leur personnage, peut-être un peu plus secrets, mais avec une telle joie, un tel enthousiasme d’être là, une très grande envie de donner. On sentait qu’ils cherchaient quelque chose de très sincère. C’est cette sincérité qui m’a tout de suite plu chez Kate Del Castillo

Y a-t-il une morale à cette histoire ? 
Absolument pas, on ne porte pas de jugement sur Julia et on ne cherche pas à justifier ce qu’elle fait. Elle est simplement prise par le tourbillon de ses actes, victime de sa confusion. Il n’y a pas de rédemption à la fin du film, elle n’est pas sauvée. On n’a aucune idée de ce que la vie va lui réserver. On sait simplement qu’elle s’est enfin souvenue que les autres existaient.
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Woodrow et Aiden, deux amis obsédés par la fin du monde, passent leur temps à fabriquer lance-flamme et autres armes pour fonder leur gang « Mother Medusa » et se préparer à l'apocalypse.

Casting
Evan Glodell
Jessie Wiseman
Tyler Dawson
Rebekah Brandes
Vincent Grashaw
Zack Kraus
Keghan Hurst
Alexandra Boylan
Bradshaw Pruitt
Brian Thomas Evans

les adultes sont absents de ce film, sauf à un moment...pour appeler la police, quand il est trop tard. Des jeunes qui sont victimes du syndrome "MadMax",incapables d'agir dans le monde des adultes... Ils boivent, mangent des grillons crus pour gagner de l'argent: on ne voit jamais le monde du travail dans ce film. Il y a recherche de protection dans le monde du rêve qui très vite sombre dans la démesure. Grandir fait peur, fait mal. Le héros se protège avec une barbe mais le contact avec le reel - symbolisé par Milly - fait mal...notre héros ne cesse de prendre des coups dont il ne se relève pas; la douceur est éphémère...L'amour n'est pas rédempteur. Une sorte de Emma Bovary notre héros qui confondait la vie avec les séries roses qu'elle lisait...Milly le sait et quand elle lui fait la lecture d'un livre cela n'a rien à voir avec l'amour. C'est le plaisir du sexe qu'elle lui narre. Le réel ce n'est pas l'héroïsme. Le réel tue l'amour. Le réel c'est aussi l'ennui. Le réel c'est la souffrance. Le malheur de Woodrow c'est qu'il croit au bonheur et à l'amour, comme il croit à l'honneur et à l'héroïsme: Milly lui rappelle qu'il n'y a que sexe, plaisir et lâcheté. Vivre pour elle c'est d'abord survivre... il cherche du sens...mais se prépare pour la fin du monde avec Medusa...la tête de Meduse dans le mythe pétrifiait qui la regardait...elle transformait en statue de sel...Ici Médusa est équipée d'un lance-flamme...pour brûler ses illusions...et pétrifier non pas les autres mais ceux qui l'ont créée. Les figer dans ce refus du réel. Milly retourne au réel, ne veut pas appartenir à la congrégation de Medusa. La fin du monde ...Aiden et Woodrow cherchent à s'en préserver, à être les seuls survivants...d'où les rêves, le pouvoir de l'imagination...la fin du monde c'est le non-sens, la déception...il n'y a plus de possibilité de composer avec le réel... seul le film construit une narration, donne du sens...à la vie. Eloge du cinéma...ces jeunes se font leur cinéma pour vivre tout simplement dans un monde privé de signification et de rédemption... Alors c'est la fuite...