Mes cours de philosophie. Ordre ou désordre? Maryse Emel

L'antiphilosophie risque, par sa stérilisation et le tarissement à la source, de fabriquer une génération d'abrutis manipulables et parfaitement dociles, incapables non seulement de réagir, mais de comprendre l'enjeu" V.Jankelevitch

nature et morale

Publié le 30 Décembre 2010 par maryse.emel.blogphilo.over-blog.com in imagination

 

 

Pas de morale possible sans rupture avec la nature...selon  les projets de la nature 

Lisons Kant:

Juste après l'instinct de nutrition, par lequel la nature conserve chaque individu, le plus important est l'instinct sexuel grâce auquel la nature pourvoit à la conservation de chaque espèce. Or la raison, une fois éveillée, ne tarda pas non plus à manifester, ici aussi, son influence. L'homme ne tarda pas à comprendre que l'excitation sexuelle, qui chez les animaux repose seulement sur une impulsion passagère et le plus souvent périodique, était susceptible chez lui d'être prolongée et même augmentée sous l'effet de l'imagination qui exerce son action, avec d'autant plus de mesure sans doute, mais aussi de façon d'autant plus durable et d'autant plus uniforme, que l'objet est davantage soustrait aux sens; et il comprit également que cela préservait de la satiété qu'entraîne avec soi la satisfaction d'un désir purement animal.

La feuille de figuier (1) fut donc le résultat d'une manifestation de la raison bien plus importante que celle dont elle avait fait preuve lors de la première étape de son développement. Car rendre une inclination plus intense et plus durable, du fait que l'on soustrait son objet au sens, manifeste déjà la conscience d'une domination de la raison à l'égard des impulsions, et non plus seulement, comme à la première étape, un pouvoir de les servir à plus ou moins grande échelle. Le refus fut l'artifice qui conduisit l'homme des attraits simplement sensuels aux attraits idéaux, et, peu à peu, du désir simplement animal à l'amour (...).

(l) Selon le récit de la Bible, Adam et Eve se servir de feuilles de figuier pour couvrir leur nudité lorsqu'ils " connurent qu'ils étaient nus ".

 

 

 

Certes, l'homme a des instincts animaux, mais la raison est là pour transformer ces instincts en désirs, donnant ainsi à l'homme une historicité ( Kant se sépare ainsi de Rousseau qui voit dans " un hasard funeste" l'entrée dans l'histoire).

C'est en comprenant le rôle de l'imagination que ce dernier se sépare de l'animalité. En effet l'instint nous renvoie au besoin qu'il faut satisfaire immédiatement, dans l'instant, alors que l'homme en accédant au désir, trouve l'attente, la duréé, le contrôle de soi, et surtout une mémoire qui lui permet de se détacher de la présence immédiate de l'objet pour y penser. Ainsi peut-il concevoir la durée de l'attachement et Kant donne ici à penser le fondement de la fidélité, d'autant plus prégnante que l'objet du désir est absent (on peut dans le même temps ressaisir la raison de la jalousie, ce qui est très proche de ce que dira Stendhal dans De l'amour, à propos de la cristalliation amoureuse). 

Afin de clarifier sa thèse qui pose le complémentarité de la raison et de l'iimagination, qui fait de celle-ci autre chose que cette "folle du logis" pascalienne, Kant prend l'exemple de l'origine de la pudeur. C'est parce qu'il cache sa nudité, que l'homme accroît le désir à son égard. Mais pour la cacher, il lui a fallu inventer un vêtement, et ici, détourner un effet naturel (la feuille d'un figuier) en un objet à son usage (le vêtement) . Mais pour parvenir à cela il lui fallait l'intention de se séparer de la nature, parce qu'il savait que cette séparation était condition de la durée d'un sentiment brutal lié à l'impulsion.

En l'amenant à se détacher des besoins et de l'impulsion, la nature conduit l'homme à développer sa rationalité, déployer son imagination, et accéder ainsi au monde des Idées, détachées de tout contact avec la sensiblité..Les Idéaux sont ainsi le résultat de l'activité conjointe de la raison et de l'imagination, guidée et orientée par la nature

Ce texte insiste aussi sur la non contradiction entre morale et liberté, entendue au sens d'autonomie: on notera en effet que c'est l'homme qui se détermine dans ses choix en s'en remettant au jugement moral. Ses choix l'amènent à se construire son propre monde. 

 

 

 

 

 

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