Mes cours de philosophie. Ordre ou désordre? Maryse Emel

L'antiphilosophie risque, par sa stérilisation et le tarissement à la source, de fabriquer une génération d'abrutis manipulables et parfaitement dociles, incapables non seulement de réagir, mais de comprendre l'enjeu" V.Jankelevitch

la Duchesse de Langeais, Balzac

Publié le 27 Mai 2012 par maryse.emel in amour

Je lisais la Duchesse du Langeais. On n’y parlait pas cuisine mais Balzac s’était manifestement mis à la cuisine avec la Princesse de Clèves, figure double de la Duchesse.  La bourgeoisie, les discours populistes, il détestait. La décomposition de l’aristocratie aussi. Manque total de goût dans ce siècle qui se réclamait du grand goût. Il appelait cela la médiocrité. L’aristocratie mourait, la bourgeoisie prenait une totale ampleur…la littérature devait inventer de nouveaux héros. La Duchesse de Langeais devait mourir. Montriveau survit … c’est la bourgeoisie qui triomphe. Vers la fin du livre une Princesse - hasard ?- reproche à la Duchesse de mettre son honneur en péril et de dater de deux siècles trop tôt…Montriveau est de son époque. Orgueilleux et aventureux, talentueux grâce à ses relations mondaines, il refuse le secret, lui préférant la marque indélébile du fer rouge. Elle zigzague, prend des chemins de traverse…il va droit au but. Son but ? Jouir. Tirer profit de son investissement amoureux. La scène de l’aveu de la Princesse de Clèves est transformée en une scène que Sade n’aurait pas reniée. 

 

Je me demandais ce que représentait la littérature amoureuse d’aujourd’hui…certainement une économie de moyens, le triomphe de l’épargne, des milles précautions, de l’investissement et des taux d’intérêt, de la bonne place et du bon placement, de l’argent. D’ailleurs on pouvait transférer tout ce jargon économique dans le monde des sentiments. Il fallait se protéger avant, pendant et après l’amour. Epargner ses peines. Ne pas trop investir si cela n’en valait pas la peine… et surtout il y avait cet impératif de jouissance. Jouir d’un corps comme on jouit de ses terres.  La crainte de l’homme amoureux est qu’on s’empare de ses terres. La jalousie appartient à ce petit monde mesquin qui consomme la culture pour fuir son impuissance créative… Amusant de constater que la naissance de la critique littéraire s’associe à cette angoisse de l’impuissance…

Cette gestion sentimentale, Balzac la  résumait ainsi dans Pierre Grassou : il n’y a que les gens médiocres pour penser à tout…

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