Mes cours de philosophie. Ordre ou désordre? Maryse Emel

L'antiphilosophie risque, par sa stérilisation et le tarissement à la source, de fabriquer une génération d'abrutis manipulables et parfaitement dociles, incapables non seulement de réagir, mais de comprendre l'enjeu" V.Jankelevitch

la prohibition de l'inceste

Publié le 2 Avril 2013 par maryse.emel in nature, culture, les échanges

Selon les études menées par C.Levi Strauss, la prohibition de l'inceste est une règle ni complètement naturelle, ni complètement culturelle:  http://www2.cndp.fr/magphilo/philo23/article2.htm

Il faut lire cette "prohibition" comme une hypothèse et non comme une réalité historique ( de même que l'état de nature de Rousseau). Elle appartient à la nature comme condition de la nature ce qui lui confère son universalité, et est déjà règle, donc appartient à la culture dans le même temps.

La règle est sortie de la nature, séparation d'avec l'instinct, mais la nature n'en est pas moins présente, du fait de l'universalité de la règle. La nature et la culture se trouvent liées, ce qui est le paradoxe du passage à la culture....La société se définit dès lors non pas comme une séparation d'avec la nature, mais comme le remaniement des relations biologiques et des sentiments naturels, leur imposant de dépasser leurs premiers caractères, et de se resituer dans des structures qui les impliquent en même temps que d'autres.

Cette prohibition suppose que l'homme se libère de la nature pour se soumettre à des lois, ce qui là encore est paradoxal. Cependant renoncer à l'inceste c'est "échanger les femmes" et inventer le mariage. Toute règle n'est pas un interdit.

De plus, les lois de la nature sont indépassables, alors que les lois humaines peuvent être modifiées.. L'institution nous libère bien plus que l'appartenance à la nature.

     
 
    

 
 
   
Articles
Une lecture historique de la pensée du droit et de la prohibition de l’inceste chez Claude Lévi-Strauss 

 

 
La question du droit occupe une place importante dans l’œuvre de Claude Lévi-Strauss. Comme le rappelle à juste titre Catherine Clément, l’auteur des Structures élémentaires de la parenté considère que la culture se présente comme « un enchevêtrement de codes réglementant l’ensemble de la vie quotidienne, psychisme compris »1.

La réflexion sur la prohibition de l’inceste, constitue le « fer de lance » de cette philosophie de la normativité. Je voudrais ici proposer une lecture « historique » de ce travail, c’est-à-dire le comprendre en l’inscrivant dans une évolution de la pensée du droit.

Avant d’exposer cette hypothèse de lecture, je rappellerai, dans un premier temps, les pensées du droit dominantes lorsque Lévi-Strauss présenta ses conclusions sur ce sujet majeur. J’évoquerai ensuite la thèse de l’auteur de Tristes tropiques avant de proposer l’herméneutique que je souhaite présenter.
La pensée dominante sur le droit avant la parution des « Structures élémentaires de la parenté »
La thèse de Lévi-Strauss sur l’inceste paraît en 1949 dans les Structures élémentaires de la parenté. Lorsque ce texte est publié, la France sort d’une guerre éprouvante et l’ethnologue a connu l’exil, l’humiliation et la haine. Lévi-Strauss a pu mesurer les ravages du patriotisme et de l’enfermement sur soi.
Le monde de la pensée du droit a, pour sa part, connu un débat, dont rien n’indique que Lévi-Strauss, licencié en droit et agrégé de philosophie, n’ait pas été informé : il s’agit de la controverse qui, en Europe continentale, a opposé Carl Schmitt à Hans Kelsen.
Hans Kelsen est l’auteur de la Théorie pure du droit (1934). Il est à cette époque le représentant le plus brillant de la mouvance dite du « positivisme juridique », dominante outre-Rhin (dans le monde de la pensée juridique) et qui s’apprête à devenir la philosophie centrale des juristes d’Europe continentale.
Sous une « apparence kantienne », cette théorie entend remettre en cause une grande partie de la pensée du droit de l’auteur de la Critique de la raison pure sur de nombreux points, en proposant une théorie distinguant la justice (considérée comme notion relative) et le droit positif.
Le but poursuivi par Kelsen est de lutter contre les idéologies « extrémistes » en mettant en place un droit technique censé limiter les différents abus de pouvoir et promouvoir une démocratie sociale.
À l’opposé, Carl Schmitt se situe dans la lignée des penseurs réactionnaires tels Donoso Cortés, Hobbes et Joseph de Maistre.
Comme Kelsen, Schmitt ne croit pas qu’il soit possible de mettre les hommes d’accord sur un idéal universel de justice. Toutefois, à l’opposé de son rival, il méprise le droit positif  qu‘il tient pour un habile maquillage destiné à masquer sa réalité qui n’est autre que celle d’être l’alibi du pouvoir, le reflet des luttes d’intérêts et la résultante de la domination de l’homme par l’homme.
Lorsque Lévi-Strauss publie son texte, les atrocités de la guerre ont montré aux penseurs avertis de ces questions que cette opposition devait être dépassée. Chacun sait que le droit technique n’a pas pu contrer les totalitarismes. D’aucuns pensent même que la philosophie légaliste a permis – et peut-être favorisé – l’autoritarisme. À cette époque, Léo Strauss n’a pas encore fait paraître son Droit naturel et histoire (qui sera publié en 1953 à Chicago).
Lorsqu’il publie les Structures élémentaires, Lévi-Strauss doit donc naviguer entre deux écueils :
– d’un côté, disciple affirmé de Rousseau, de Marx et de Freud, il ne veut pas d’un retour à l’ancien jusnaturalisme associé (encore dans les esprits) à l’Ancien Régime mais lié (par Kelsen) à la pensée primitive ;
– de l’autre, défenseur de la « pensée sauvage », il ne peut pas pour autant faire siennes ces condamnations positivistes et il entend revenir sur ce qui sous-tend le légalisme progressiste des Lumières (à savoir l’idée selon laquelle l’Occident aurait été le nec plus ultra de la civilisation mondiale et qui a causé tant de dégâts) ainsi que sur l’idée kantienne suivant laquelle « l’acte par lequel le peuple se constitue lui-même en un État est le contrat originaire »2, mais il ne veut pas pour autant déjuger son « maître » Rousseau qui croit également à une possible (mais il est vrai plus hypothétique) genèse contractuelle de l’État3.
Il est donc tendu sur différentes questions et l’étude qu’il proposera de la prohibition de l’inceste sera, en quelque sorte, son « coup de génie ». Celle-ci va, en effet, lui permettre de concilier les contraires et – dans le même temps – de proposer de nouvelles interprétations de la réalité du droit tout en défendant le pluriculturalisme sans tomber dans les outrances du relativisme. Avant de comprendre cette position et d’expliquer notre propos, il importe de rappeler, en son détail, la thèse de Lévi-Strauss sur cette question.
La thèse de Claude Lévi-Strauss sur la prohibition de l’inceste
Tout le chapitre II des Structures élémentaires de la parenté est consacré à l’inceste. Sa thèse doit, pour se comprendre historiquement, être présentée en trois étapes :

– En premier lieu, s’il assigne à la culture la mission d’organiser la nature et s’il revendique une position « culturaliste » (donc positiviste en un sens)4 , il note, influencé en cela par Rousseau, à quel point la culture primitive a un effet purement négatif, au sens où elle a tendance à fixer « les frontières de l’humanité aux limites du groupe tribal »5. Comme il le rappelle, dans Race et histoire :
  « Ainsi l’Antiquité confondait-elle tout ce qui ne participait pas de la culture grecque sous le même nom de barbare[…]. L’humanité cesse aux frontières de la tribu, du groupe linguistique, parfois même du village6… »
Cette position lui permet ainsi de se positionner dans son entre-deux, proche des Modernes. En effet, il admet l’existence de droits positifs « relatifs » sans nier l‘importance d’une nature universelle de laquelle il convient donc de se rapprocher pour réunir les hommes7.

– En deuxième lieu, ce naturalisme est modéré. Il ne le conduit pas à admettre l’existence d’un certain darwinisme culturel. Cependant, rejetant l’ethnocentrisme occidental, il ne rejette par pour autant le progrès8. Pour ce penseur, favorable au multiculturalisme :
  « Tout progrès culturel est fonction d’une coalition entre les cultures. Cette coalition consiste dans la mise en commun […] des chances que chaque culture rencontre dans son développement historique9… »
Ces deux positions préparent ainsi sa thèse, que nous considérons médiane en ce qu’elle va permettre de concilier différentes pensées du droit opposées (jusnaturalisme, positivisme et pensée psychanalytique du droit).

– En effet, en troisième lieu, pour cet auteur, la nature est universelle mais ne doit pas s’entendre en un sens trop restreint. Quant à la culture, elle est le propre de chaque société et elle ne doit pas être ignorée. En conséquence, c’est de la nature qu’il va extraire sa norme fondatrice du droit, celle de l’interdiction de l’inceste dont il note le caractère universel10. Toutefois, ce caractère ne doit pas s’entendre en n’importe quel sens car Lévi-Strauss note qu’une telle prohibition n’existe pas chez les animaux et notamment chez les singes11.
L’interdiction de l’inceste est donc bien un pont :
  « Elle n’est ni purement d’origine culturelle, ni purement d‘origine naturelle ; et elle n’est pas non plus un dosage d’éléments composites empruntés partiellement à la nature et partiellement à la culture. Elle constitue la démarche fondamentale grâce à laquelle, par laquelle mais surtout en laquelle s’accomplit le passage de la nature à la culture12[…]. »
Elle est « le processus par lequel la nature se dépasse elle-même ; elle allume l’étincelle sous l’action de laquelle une structure d’un nouveau type, et plus complexe, se forme et se superpose en les intégrant, aux structures les plus simples de la vie psychique, comme ces dernières se superposent en les intégrant aux structures les plus simples qu’elles-mêmes de la vie animale. Elle opère, et par elle-même, constitue l’avènement d’un ordre nouveau13. »
Certes, il existe des exceptions à cette universalité mais de telles exceptions ne remettent jamais en cause le caractère universel de la règle. Elles ont uniquement pour objectif d’adapter celle-ci aux exigences de la société considérée. Dans toutes les cultures, en effet, persiste l’interdiction pour un enfant d’épouser le parent de sexe opposé14.
La thèse de Lévi-Strauss part d’une observation qui se veut empirique. Partant d’une enquête – ayant l’autorité de l’analyse scientifique – il démontre ainsi qu’il existe bien des règles universelles (au moins une qui est fondatrice) et il note que les exceptions à cette règle ne sont qu’une manière d’adapter l’universel à la singularité de chaque situation. L’exception permet au droit de pénétrer dans la culture. Toutefois, elle n’est jamais remise en cause du caractère universel de la norme fondatrice.
Comment interpréter cette thèse ?
Généralement, il nous est expliqué que Lévi-Strauss a mis en évidence l’importance de l’inceste pour montrer que :
  « la règle contractuelle, à l’origine de la société de droit vise l’alliance intergroupale et régit en même temps le politique intergroupal en établissant un rapport de réciprocité entre les membres du groupe et entre le chef et le reste du groupe15[…]. En effet, de petites unités humaines souffrent toujours potentiellement d’un déséquilibre démographique : d’où l’intérêt à s’allier – par mariage d’ouverture de quelques individus – à d’autres groupes, pour échanger, pour avoir accès à des partenaires économiques dans un système de production primitif16. »
L’importance accordée par Lévi-Strauss à l’abolition de l’inceste est donc souvent vue comme ayant été, d’une part, un moyen pour cet auteur, à la fois de répondre à ceux de ses prédécesseurs et inspirateurs (Durkheim, Lévi-Bruhl, Freud) qui avaient réfléchi sur cette question en reprenant certaines de leurs thèses et d’autre part, une manière d’appuyer son combat pour la communication entre les cultures et contre les différentes formes de l'ethnocentrisme.
Sans vouloir remettre en cause une telle herméneutique, il nous semble que la thèse défendue par Lévi-Strauss concernant la prohibition de l’inceste peut également se lire sous un angle plus historique. Nous pensons, en effet, qu’elle a également eu pour objectif de déterminer une position nouvelle sur le sens du droit et c’est cette interprétation que nous voudrions ici proposer.
Pour une lecture historique de cette thèse
Pour Lévi-Strauss, l’histoire est toujours inévitablement partielle et partiale, mais cependant, il estime que :
  « c’est l’histoire qui sert de point de départ pour toute quête de l’intelligibilité. Ainsi qu’on le dit de certaines carrières, l’histoire mène à tout à condition d’en sortir17. »
Nous devons donc suivre son conseil, et pour le comprendre, il nous faut également partir de l’histoire, pour en sortir ensuite.
Celle-ci permet non seulement de mieux comprendre la pensée d’un auteur, les stratégies qu’il a pu mettre en œuvre pour contredire des positions dominantes, mais cette interprétation historique permet surtout, selon nous, de dégager l’inconscient (au sens de Lévi-Strauss) qui est à l’œuvre dans le travail de tout auteur.
L’inconscient pouvant ainsi être assimilé à :
  « un organe commun à tous les êtres humains, rendant ainsi possible la communication entre les hommes et la compréhension des cultures18. »
En replaçant la doctrine de Lévi-Strauss sur la question dans la perspective de l‘histoire de la pensée du droit présentée plus avant, nous pouvons alors comprendre sur quel inconscient cette doctrine a pu jouer :

– En premier lieu, elle a peut-être eu quelque effet sur l’inconscient des lecteurs contemporains de l’auteur des Structures élémentaires de la parenté qui ont ainsi provisoirement pu lire une doctrine qui réunissait les contraires et qui flattait le goût contemporain pour le normativisme culturel et le positivisme sans pour autant sacrifier à celui-ci, en le « teintant » quelque peu de jusnaturalisme.

– En second lieu, cette doctrine a également permis d’introduire – sans la nommer – une idée, celle de subsidiarité, qui (par un nouvel usage du concept d’exception tel que Lévi-Strauss le développe) permettait d’admettre l’existence d’un universel sans nier les différences culturelles, celles-ci étant appelées à « adapter » la norme générale aux singularités régionales. Elle a ainsi permis d’introduire progressivement – et sans brutalité – de manière « inconsciente », l’idée d’un droit international qui devenait subitement moins agressif.

– En troisième lieu, cette doctrine a « rassuré » l’inconscient des positivistes tout en ne fermant pas la porte à un jusnaturalisme qui allait se développer par la suite sous l‘influence de Michel Villey. En effet, interprétée telle quelle, la prohibition de l’inceste devenait bien une manière d’assigner à la norme un objectif stratégique indépendant de toute idée de justice, ce qui était de nature à rassurer les positivistes (en effet, la prohibition de l’inceste n’est pas condamnée officiellement parce qu’elle est injuste mais à des fins stratégiques pour permettre l’ouverture du groupe) tout en permettant une ouverture vers les naturalistes (l'abrogation de l’inceste est tenue pour une règle naturelle puisque universelle).

– En quatrième lieu, grâce à cette doctrine, était posée pourtant – et dans le même temps – une autre relation à un droit qui n’était plus seulement envisagé sous l’angle du soupçon (comme il pouvait l’être avec Freud) mais comme étant la marque de limites nécessaires qu’il ne fallait pas ignorer, ces limites étant au contraire une manière de réintroduire des idées d’amitié et d’égalité entre les individus (la prohibition de l’inceste rend en effet par certains côtés à chacun ce qui lui revient puisque le fils n’est pas destiné à être l’amant de la mère du fait de la relation inégale existant naturellement entre l’enfant et le parent). De plus, cette idée de faire de l’inceste la pierre angulaire et fondatrice du droit a montré qu’il convenait certainement d’approfondir les liens existant entre la recherche purement juridique sur les sources du droit et la démarche psychanalytique. En effet, dire que le droit se fonde lorsque les parents cessent de considérer leurs enfants comme des objets sexuels est d’une grande portée. Toutefois, dans la thèse de Lévi-Strauss, la libération de l’enfant du joug des parents reste incomplète car le mariage ne semble pas avoir pour autre but que l’union entre des groupes distincts.
En conclusion
Consciemment ou non, en développant sa thèse sur la prohibition de l’inceste, Claude Lévi-Strauss a introduit une logique de compromis dans la pensée du droit en atténuant les tensions qui devenaient de plus en plus fortes entre les tenants du positivisme juridique, les auteurs favorables à une lecture psychosociologique du droit et les partisans du jusnaturalisme. Il a ainsi certainement contribué à apaiser les esprits et à permettre des évolutions.
Désormais de telles évolutions se sont produites et les écoles n’ont plus la position dominante qu’elles avaient autrefois. Les impératifs sont plus exactement d‘ordre pratique, social et politique et il importe de trouver les moyens de relier un concept de justice redéfini et devenu acceptable par le plus grand nombre à celui de droit positif.
 
Jean-Jacques Sarfati
 
Jean-Jacques Sarfati est professeur certifié de philosophie et ancien avocat à la Cour d'appel de Paris.
Il a récemment soutenu une thèse de philosophie politique et juridique sur le rôle créateur de l’exception en droit dans laquelle il développe plus amplement certaines des analyses proposées dans cet article.
 

 

la prohibition de l'inceste

L'ambiguïté des notions de nature et culture.

La nature est souvent posée comme antérieure à la culture. Cela relève d'une question de bon sens.

Elle se définit comme:

- tout ce qui entoure l'homme et n'est pas son oeuvre

- l'essence ou l'être profond de tout phénomène sensible

nature vient du latin nasci: croître, pousser....> renvoie à l'originaire et au vivant.

Cependant, on ne ressaisit la nature que par les mots du langage ou l'expression de l'art: elle n'est dès lors appréhendée que par la culture.Paradoxe....

Difficulté pour ressaisir la nature dans son origine évoquée par Rousseau dans la Préface au Second Discours, ou encore effort du peintre selon Cézanne qui dans ses montagnes Sainte Victoire montre la nature en train de faire:

"Moi je pense que Cézanne a cherché la profondeur toute sa vie", dit Giacometti, et Robert Delaunay: "La profondeur est l'inspiration nouvelle." Quatre siècle après les "solutions" de la Renaissance et trois siècles après Descartes, la profondeur est toujours neuve, et elle exige qu'on la cherche, non pas "une fois dans sa vie", mais toute une vie. Il ne peut s'agir de l'intervalle sans mystère que je verrais d'un avion entre ces arbres proches et les lointains. Ni non plus de l'escamotage des choses l'une par l'autre que me représente vivement un dessin perspectif : ces deux vues sont très explicites et ne posent aucune question. Ce qui fait énigme, c'est leur lien, c'est ce qui est entre elles - c'est que je voie les choses chacune à sa place précisément parce qu'elles s'éclipsent l'une l'autre -, c'est qu'elles soient rivales devant mon regard précisément parce qu'elles sont chacune en son lieu. C'est leur extériorité connue dans leur enveloppement  et leur dépendance mutuelle dans leur autonomie. De la profondeur ainsi comprise, on ne peut plus dire qu'elle est "troisième dimension". D'abord, si elle en était une, ce serait plutôt la première : il n'y a de formes, de plans définis que si l'on stipule à quelle distance de moi se trouvent leurs différentes parties. Mais une dimension première et qui contient les autres n'est pas une dimension, du moins au sens ordinaire d'un certain rapport selon lequel on mesure. La profondeur ainsi comprise est plutôt l'expérience de la réversibilité des dimensions, d'une "localité" globale où tout est à la fois, dont hauteur, largeur et distance sont abstraites, d'une voluminosité qu'on exprime d'un mot en disant qu'une chose est là. Quand Cézanne cherche la profondeur, c'est cette déflagration de l'Être qu'il cherche, et elle est dans tous les modes de l'espace, dans la forme aussi bien.     Merleau-Ponty L'Oeil et l'Esprit, extrait

"Moi je pense que Cézanne a cherché la profondeur toute sa vie", dit Giacometti, et Robert Delaunay: "La profondeur est l'inspiration nouvelle." Quatre siècle après les "solutions" de la Renaissance et trois siècles après Descartes, la profondeur est toujours neuve, et elle exige qu'on la cherche, non pas "une fois dans sa vie", mais toute une vie. Il ne peut s'agir de l'intervalle sans mystère que je verrais d'un avion entre ces arbres proches et les lointains. Ni non plus de l'escamotage des choses l'une par l'autre que me représente vivement un dessin perspectif : ces deux vues sont très explicites et ne posent aucune question. Ce qui fait énigme, c'est leur lien, c'est ce qui est entre elles - c'est que je voie les choses chacune à sa place précisément parce qu'elles s'éclipsent l'une l'autre -, c'est qu'elles soient rivales devant mon regard précisément parce qu'elles sont chacune en son lieu. C'est leur extériorité connue dans leur enveloppement et leur dépendance mutuelle dans leur autonomie. De la profondeur ainsi comprise, on ne peut plus dire qu'elle est "troisième dimension". D'abord, si elle en était une, ce serait plutôt la première : il n'y a de formes, de plans définis que si l'on stipule à quelle distance de moi se trouvent leurs différentes parties. Mais une dimension première et qui contient les autres n'est pas une dimension, du moins au sens ordinaire d'un certain rapport selon lequel on mesure. La profondeur ainsi comprise est plutôt l'expérience de la réversibilité des dimensions, d'une "localité" globale où tout est à la fois, dont hauteur, largeur et distance sont abstraites, d'une voluminosité qu'on exprime d'un mot en disant qu'une chose est là. Quand Cézanne cherche la profondeur, c'est cette déflagration de l'Être qu'il cherche, et elle est dans tous les modes de l'espace, dans la forme aussi bien. Merleau-Ponty L'Oeil et l'Esprit, extrait

La culture renvoie aussi à deux sens:

-la culture de la terre (agriculture)

-la culture de l'esprit(éducation, instruction)

C'est un acte de transformation, de travail.

c'est aussi le résultat d'un travail, en tant qu'ensemble des savoirs et des modes de pensée et de vie d'une société.

Mais ce que l'homme cherche en s'interrogeant sur les origines de la culture c'est lui-même, même lorsqu'il s'interroge sur les lois de l'univers.

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microsoft outlook problem solving 29/01/2014 12:27

I have heard that incest is a part of culture of many rural as well as tribal groups found in various parts of the world. People living in such conditions will not be able to accept the prohibition of this, as they have lived with it ever since their tribe has been found. Anyways, thanks for the article.