Mes cours de philosophie. Ordre ou désordre? Maryse Emel

L'antiphilosophie risque, par sa stérilisation et le tarissement à la source, de fabriquer une génération d'abrutis manipulables et parfaitement dociles, incapables non seulement de réagir, mais de comprendre l'enjeu" V.Jankelevitch

le désir

Publié le 25 Juin 2011 par maryse.emel in le desir

height="270" wmode="transparent" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always">
TICE: Le temps du désir (Ollivier Pourriol) par projeteee

 

En soi Autrui-objet n'a jamais assez de force pour occasionner l'amour. Si l'amour a pour idéal l'appropriation d'autrui en tant qu'autrui, c'est-à-dire en tant que subjectivité regardante, cet idéal ne peut être projeté qu'à partir de ma rencontre avec autrui-sujet, non avec autrui-objet. La séduction ne peut parer autrui-objet qui tente de me séduire que du caractère d'objet précieux « à posséder »; elle me déterminera peut-être à risquer gros pour le conquérir; mais ce désir d'appropriation d'un objet au milieu du monde ne saurait être confondu avec l'amour. L'amour ne saurait donc naître chez l'aimé que de l'épreuve qu'il fait de son aliénation et de sa fuite vers l'autre. Mais, de nouveau, l'aimé, s'il en est ainsi, ne se transformera en amant que s'il projette d'être aimé, c'est-à-dire si ce qu'il veut conquérir n'est point un corps mais la subjectivité de l'autre en tant que telle. Le seul moyen, en effet, qu'il puisse concevoir pour réaliser cette appropriation, c'est de se faire aimer. Ainsi nous apparaît-il qu'aimer est, dans son essence, le projet de se faire aimer. D'où cette nouvelle contradiction et ce nouveau conflit: chacun des amants est entièrement captif de l'autre en tant qu'il veut se faire aimer par lui à l'exclusion de tout autre ; mais en même temps, chacun exige de l'autre un amour qui ne se réduit nullement au « projet d'être-aimé ». Ce qu'il exige, en effet, c'est que l'autre, sans chercher originellement à se faire aimer, ait une intuition à la fois contemplative et affective de son aimé comme la limite objective de sa liberté, comme le fondement inéluctable et choisi de sa transcendance, comme la totalité d'être et la valeur suprême. L'amour ainsi exigé de l'autre ne saurait rien demander : il est pur engagement sans réciprocité.

L'Etre et le Néant, Paris, Gallimard, 1943, p. 424

Nous avons dit plus haut, dans le scolie de la proposition 9 de cette partie, que le Désir est l'appétit qui a conscience de lui-même, et que l'appétit est l'essence même de l'homme, en tant qu'elle est déterminée à faire les choses qui sont utiles à sa conservation. Mais, dans le même scolie, j'ai fait observer aussi qu'en réalité, entre l'appétit de l'homme et le désir, je ne fais aucune différence. Car, que l'homme soit conscient ou non de son appétit, cet appétit reste un et le même ; par conséquent, pour ne pas paraître énoncer une tautologie, je n'ai pas voulu expliquer le désir par l'appétit, mais j'ai pris soin de le définir de façon à y comprendre à la fois tous les efforts (conatus) de la nature humaine que nous nommons appétit, volonté, désir ou impulsion (impetus). J'aurais pu dire, en effet, que le désir est l'essence même de l'homme, en tant qu'elle est conçue comme déterminée à faire quelque chose ; mais de cette définition... on ne pourrait pas tirer que l'esprit peut être conscient de son désir, autrement dit (sive) de son appétit. Donc, voulant que la cause de cette conscience fût impliquée dans ma définition, il m'a été nécessaire (selon la même proposition) d'ajouter : en tant qu'elle est déterminée par une quelconque affection d'elle-même, etc. Car, par affection de l'essence de l'homme nous entendons toute organisation de cette essence, qu'elle soit innée — ou acquise — qu'elle soit conçue par le seul attribut de l'Étendue, ou enfin rapportée à l'un et à l'autre à la fois. J'entends donc ici sous le nom de Désir tous les efforts, impulsions, appétits et volitions de l'homme ; ils sont variables selon l'état variable d'un même homme, et souvent opposés les uns aux autres, au point que l'homme est entraîné en divers sens et ne sait où se tourner.

Éthique, troisième partie, Définitions des sentiments: I trad. R. Caillois,


 

 

  Texte 1

Honoré de Balzac : La peau de chagrin (1832)

  [Ruiné, désespéré, Raphaël de Valentin est prêt à se suicider quand il entre dans un magasin d'antiquités où un vieillard l'invite à regarder une peau de chagrin accrochée sur le mur.]

    Le jeune homme se leva brusquement et témoigna quelque surprise en apercevant au-dessus du siège où il s'était assis un morceau de chagrin accroché sur le mur, et dont la dimension n'excédait pas celle d'une peau de renard ; mais, par un phénomène inexplicable au premier abord, cette peau projetait au sein de la profonde obscurité qui régnait dans le magasin des rayons si lumineux que vous eussiez dit d'une petite comète. Le jeune incrédule s'approcha de ce prétendu talisman qui devait le préserver du malheur, et s'en moqua par une phrase mentale. Cependant, animé par une curiosité bien légitime, il se pencha pour regarder alternativement la Peau sous toutes ses faces, et découvrit bientôt une cause naturelle à cette singulière lucidité. Les grains noirs du chagrin étaient si soigneusement polis et si bien brunis, les rayures capricieuses en étaient si propres et si nettes que, pareilles à des facettes de grenat, les aspérités du cuir oriental formaient autant de petits foyers qui réfléchissaient vivement la lumière. Il démontra mathématiquement la raison du phénomène au vieillard qui, pour toute réponse, sourit avec malice.
   - Puisque vous êtes un orientaliste, reprit le vieillard, peut-être lirez-vous cette sentence ?
   Il apporta la lampe près du talisman que le jeune homme tenait à l'envers, et lui fit apercevoir des caractères incrustés dans le tissu cellulaire de cette peau merveilleuse, comme s'ils eussent été produits par l'animal auquel elle avait jadis appartenu. [...]
   - L'industrie du Levant a des secrets qui lui sont particuliers, dit le jeune homme en regardant la sentence orientale avec une sorte d'inquiétude.
   - Oui, répondit le vieillard, il vaut mieux s'en prendre aux hommes qu'à Dieu ! [...]
   Les paroles étaient disposées ainsi :

SI TU ME POSSÈDES  TU POSSÈDERAS TOUT
MAIS TA VIE M'APPARTIENDRA DIEU L'A
VOULU AINSI DÉSIRE ET TES DÉSIRS
SERONT ACCOMPLIS MAIS RÈGLE
TES ..SOUHAITS      SUR TA  VIE
ELLE  EST  LA       A  CHAQUE
VOULOIR JE DÉCROÎTRAI
COMME   TES  JOURS
ME     VEUX - TU ?
PRENDS   DIEU
T'EXAUCERA
SOIT !

   - Et vous n'avez même pas essayé ? dit le jeune homme.
   - Essayer ! dit le vieillard. [...] Je vais vous expliquer en peu de mots un grand mystère de la vie humaine. L'homme s'épuise par deux actes indistincts qui tarissent les sources de son existence. Deux verbes expriment toutes les formes que prennent ces deux causes de mort : VOULOIR et POUVOIR. Entre ces deux termes de l'action humaine, il est une autre formule dont s'emparent les sages, et je lui dois le bonheur et ma longévité. Vouloir nous brûle et Pouvoir nous détruit ; mais SAVOIR laisse notre faible organisation dans un perpétuel état de calme. [...] En deux mots, j'ai placé ma vie, non dans le cœur qui se brise, non dans les sens qui s'émoussent, mais dans le cerveau qui ne s'use pas et qui survit à tout. [...] Ceci, dit le vieillard d'une voix éclatante en montrant la Peau de chagrin, est le vouloir et le pouvoir réunis. Là sont vos idées sociales, vos désirs excessifs, vos intempérances, vos joies qui tuent, vos douleurs qui font trop vivre ; car le mal n'est peut-être qu'un violent plaisir.
   - Eh ! bien oui, je veux vivre avec excès, dit l'inconnu en saisissant la Peau de chagrin.
   - Jeune homme, prenez garde, s'écria le vieillard avec une incroyable vivacité.
   - J'avais résolu ma vie par l'étude et par la pensée ; mais elles ne m'ont même pas nourri, répliqua l'inconnu. [...] Je veux un dîner royalement splendide, quelque bacchanale digne du siècle où tout s'est, dit-on, perfectionné ! Que mes convives soient jeunes, spirituels et sans préjugés, joyeux jusqu'à la folie !
   Un éclat de rire, parti de la bouche du vieillard, retentit dans les oreilles du jeune fou comme un bruissement de l'enfer, et l'interdit si despotiquement qu'il se tut.
   - Croyez-vous, dit le marchand, que mes planchers vont s'ouvrir pour donner passage à des tables somptueusement servies et à des convives de l'autre monde ? Non, non, jeune étourdi. Vous avez signé le pacte, tout est dit. Maintenant vos volontés seront scrupuleusement satisfaites mais aux dépens de votre vie. Le cercle de vos jours, figuré par cette Peau se resserrera suivant la force et le nombre de vos souhaits, depuis le plus léger jusqu'au plus exorbitant. Votre premier désir est vulgaire, je pourrais le réaliser ; mais j'en laisse le soin aux événements de votre vie. Après tout, vous vouliez mourir ? hé bien, votre suicide n'est que retardé.

 

    

Texte 2

Charles Baudelaire : Enivrez-vous (Petits poèmes en prose, 1862)

 

  Il faut être toujours ivre. Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

  Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
  Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge vous répondront : "Il est l'heure de s'enivrer ! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! de vin, de poésie ou de vertu, à votre guise."

 

Texte 3
Gustave Flaubert : Madame Bovary (1857)

[Double rêverie domestique : alors que Charles Bovary, à côté du berceau où dort sa fille Berthe, échafaude un avenir en pantoufles, Emma, sa femme (voir page précédente), projette de s'enfuir avec son amant et devance par sa rêverie l'amour idéal qu'elle ne manquera pas de vivre !]

  Quand il rentrait au milieu de la nuit, il n'osait pas la réveiller. La veilleuse de porcelaine arrondissait au plafond une clarté tremblante, et les rideaux fermés du petit berceau faisaient comme une hutte blanche qui se bombait dans l'ombre, au bord du lit. Charles les regardait. Il croyait entendre l'haleine légère de son enfant. Elle allait grandir maintenant ; chaque saison, vite, amènerait un progrès. Il la voyait déjà revenant de l'école à la tombée du jour, toute rieuse, avec sa brassière tachée d'encre, et portant au bras son panier ; puis il faudrait la mettre en pension, cela coûterait beaucoup ; comment faire ? Alors il réfléchissait. Il pensait à louer une petite ferme aux environs, et qu'il surveillerait lui-même, tous les matins, en allant voir ses malades. Il en économiserait le revenu, il le placerait à la caisse d'épargne ; ensuite il achèterait des actions, quelque part, n'importe où ; d'ailleurs, la clientèle augmenterait ; il y comptait, car il voulait que Berthe fût bien élevée, qu'elle eût des talents, qu'elle apprît le piano. Ah ! qu'elle serait jolie, plus tard, à quinze ans, quand, ressemblant à sa mère, elle porterait comme elle, dans l'été, de grands chapeaux de paille ! on les prendrait pour les deux sœurs. Il se la figurait travaillant le soir auprès d'eux, sous la lumière de la lampe ; elle lui broderait des pantoufles ; elle s'occuperait du ménage ; elle emplirait toute la maison de sa gentillesse et de sa gaieté. Enfin, ils songeraient à son établissement : on lui trouverait quelque brave garçon ayant un état solide ; il la rendrait heureuse ; cela durerait toujours.
   Emma ne dormait pas, elle faisait semblant d'être endormie ; et tandis qu'il s'assoupissait à ses côtés, elle se réveillait en d'autres rêves.
   Au galop de quatre chevaux, elle était emportée depuis huit jours vers un pays nouveau, d'où ils ne reviendraient plus. Ils allaient, ils allaient, les bras enlacés, sans parler. Souvent, du haut d'une montagne, ils apercevaient tout à coup quelque cité splendide avec des dômes, des ponts, des navires, des forêts de citronniers et des cathédrales de marbre blanc, dont les clochers aigus portaient des nids de cigognes. On marchait au pas à cause des grandes dalles, et il y avait par terre des bouquets de fleurs que vous offraient des femmes habillées en corset rouge. On entendait sonner des cloches, hennir des mulets, avec le murmure des guitares et le bruit des fontaines, dont la vapeur s'envolant rafraîchissait des tas de fruits, disposés en pyramides au pied des statues pâles, qui souriaient sous les jets d'eau. Et puis ils arrivaient, un soir, dans un village de pêcheurs, où des filets bruns séchaient au vent, le long de la falaise et des cabanes. C'est là qu'ils s'arrêtaient pour vivre : ils habiteraient une maison basse à toit plat, ombragée d'un palmier, au fond d'un golfe, au bord de la mer. Ils se promèneraient en gondole, ils se balanceraient en hamac ; et leur existence serait facile et large comme leurs vêtements de soie, toute chaude et étoilée comme les nuits douces qu'ils contempleraient.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Document

[Dans La Curée, Zola évoque le climat jouisseur et l'affairisme du Second Empire. Le promoteur Saccard et son frère, le ministre Eugène Rougon, incarnent le nouveau régime.]

   La grande préoccupation de la société était de savoir à quels amusements elle allait tuer le temps. Selon l'heureuse expression d'Eugène Rougon, Paris se mettait à table et rêvait gaudriole au dessert. La politique épouvantait comme une drogue dangereuse. Les esprits lassés se tournaient vers les affaires et les plaisirs. Ceux qui possédaient déterraient leur argent, et ceux qui ne possédaient pas cherchaient dans les coins les trésors oubliés. Il y avait, au fond de la cohue, un frémissement sourd, un bruit naissant de pièces de cent sous, des rires clairs de femmes, des tintements encore affaiblis de vaisselle et de baisers. Dans le grand silence de l'ordre, dans la paix aplatie du nouveau règne, montaient toutes sortes de rumeurs aimables, de promesses dorées et voluptueuses. Il semblait qu'on passât devant une de ces petites maisons dont les rideaux soigneusement tirés ne laissent voir que des ombres de femmes, et où l'on entend l'or sonner sur le marbre des cheminées. L'Empire allait faire de Paris le mauvais lieu de l'Europe. Il fallait à cette poignée d'aventuriers qui venaient de voler un trône un règne d'aventures, d'affaires véreuses, de consciences vendues, de femmes achetées, de soûlerie furieuse et universelle. Et, dans la ville où le sang de décembre était à peine lavé, grandissait, timide encore, cette folie de jouissance qui devait jeter la patrie au cabanon des nations pourries et déshonorées.

Émile Zola , La Curée (1872)

Texte 4
Émile Zola : Au bonheur des dames (1883)

[Octave Mouret dirige le grand magasin "Au bonheur des dames" avec son génie du commerce et sa connaissance de la sensibilité féminine].

  Et Mouret regardait toujours son peuple de femmes au milieu de ces flamboiements. Les ombres noires s'enlevaient avec vigueur sur les fonds pâles. De longs remous brisaient la cohue, la fièvre de cette journée de grande vente passait comme un vertige, roulant la houle désordonnée des têtes. On commençait à sortir, le saccage des étoffes jonchait les comptoirs, l'or sonnait dans les caisses, tandis que la clientèle, dépouillée, violée, s'en allait à moitié défaite, avec la volupté assouvie et la sourde honte d'un désir contenté au fond d'un hôtel louche. C'était lui qui les possédait de la sorte, qui les tenait à sa merci, par son entassement continu de marchandises, par sa baisse des prix et ses rendus, sa galanterie et sa réclame. Il avait conquis les mères elles-mêmes, il régnait sur toutes avec la brutalité d'un despote, dont la caprice ruinait des ménages. Sa création apportait une religion nouvelle, les églises que désertait peu à peu la foi chancelante étaient remplacées par son bazar, dans les âmes inoccupées désormais. La femme venait passer chez lui les heures vides, les heures frissonnantes et inquiètes qu'elle vivait jadis au fond des chapelles : dépense nécessaire de passion nerveuse, lutte renaissante d'un dieu contre le mari, culte sans cesse renouvelé du corps avec l'au-delà divin de la beauté. S'il avait fermé ses portes, il y aurait eu un soulèvement sur le pavé, le cri éperdu des dévotes auxquelles on supprimerait le confessionnal et l'autel.

 


La satisfaction (Erfüllung) y met fin (Ende) ; mais pour un désir (Wunsch) qui est satisfait, dix au moins sont contrariés ; de plus, le désir (Begehren) est long, et ses exigences (Forderungen) tendent à l’infini ; la satisfaction est courte, et elle est parcimonieusement mesurée. Mais ce contentement suprême (endliche Befriedigung) n’est lui-même qu’apparent ; le désir (Wunsch) satisfait fait place aussitôt à un nouveau désir ; le premier est une déception reconnue, le second est une déception non encore reconnue. La satisfaction d’aucun souhait (erlangtes Objekt des Wollens) ne peut procurer de contentement durable et inaltérable. […] – Tant que notre conscience est remplie par notre volonté, tant que nous sommes asservis à l’impulsion du désir (Drange der Wünsche), aux espérances (Hoffen) et aux craintes (Fürchten) continuelles qu’il fait naître, tant que nous sommes sujets du vouloir, il n’y a pour nous ni bonheur (Glück) durable, ni repos (Ruhe). Poursuivre ou fuir, craindre (fürchten) le malheur ou chercher la jouissance (nach Genuß streben), c’est en réalité tout un ; l’inquiétude (Sorge) d’une volonté toujours exigeante (fordernden), sous quelque forme qu’elle se manifeste (gleichviel in welcher Gestalt), emplit et trouble (bewegt) sans cesse la conscience8.

 

 

 

 

 

"Celui dont les désirs ont atteint leur terme ne peut pas davantage vivre que celui chez qui les sensations et les imaginations sont arrêtées. La félicité est une continuelle marche en avant du désir, d'un objet à un autre, la saisie du premier n'étant encore que la route qui mène au second. La cause en est que l'objet du désir de l'homme n'est pas de jouir une seule fois et pendant un seul instant, mais de rendre à jamais sûre la route de son désir futur. Aussi les actions volontaires et les inclinations de tous les hommes ne tendent-elles pas seulement à leur procurer, mais aussi à leur assurer une vie satisfaite. Elles diffèrent seulement dans la route qu'elles prennent : ce qui vient, pour une part, de la diversité des passions chez les divers individus, et, pour une autre part, de la différence touchant la connaissance ou l'opinion qu'a chacun des causes qui produisent l'effet désiré. Aussi, je mets au premier rang, à titre d'inclination générale de toute l'humanité, un désir perpétuel et sans trêve d'acquérir pouvoir après pouvoir, désir qui ne cesse qu'à la mort. La cause n'en est pas toujours qu'on espère un plaisir plus intense que celui qu'on a déjà réussi à atteindre, ou qu'on ne peut pas se contenter d'un pouvoir modéré : mais plutôt qu'on ne peut pas rendre sûrs, sinon en en acquérant davantage, le pouvoir et les moyens dont dépend le bien-être qu'on possède présentement."

Hobbes

 

 

 


DELEUZE / Désir et Plaisir

Extrait du cour de Deleuze du 26 mars 1973 portant le désir, le palisir et la jouissance. En arrière fond il y a un discussion sur Monisme et Dualisme (=Descartes) que nous n'avons pas repris. Paris8philo

La première malédiction du désir, la première malédiction qui pèse comme une malédiction chrétienne, qui pèse sur le désir et qui remonte aux Grecs, c'est le désir est manque. La seconde malédiction c'est : le désir sera satisfait par le plaisir, ou sera dans un rapport énonçable avec la jouissance. Bien sûr, on nous expliquera que ce n'est pas la même chose. Il y a quand même un drôle de circuit DESIR-PLAISIR-JOUISSANCE. Et tout ça, encore une fois, c'est une manière de maudire et de liquider le désir!

L'idée du plaisir, c'est une idée complètement pourrie - y'a qu'à voir les textes de Freud, au niveau désir-plaisir, ça revient à dire que le désir c'est avant tout une tension désagréable. Il y a un ou deux textes où Freud dit que, après tout, il y a peut-être des tensions agréables, mais encore ça ne va pas loin. En gros, le désir est vécu comme une tension tellement désagréable que, il faut, mot horrible, mot affreux, pour s'en sortir tellement c'est mauvais ce truc là, il faut une décharge. Et cette décharge, et bien c'est ça le plaisir! Les gens auront la paix, et puis, hélas, le désir renaît, il faudra une nouvelle décharge. Les types de conceptions que l'on appelle en termes savants: hédonistes, à savoir la recherche du plaisir, et les types de conceptions mystiques qui maudissent le désir, en vertu de ce qui est fondamental dans le manque, je voudrais que vous sentiez juste que de toutes manières, ils considèrent le désir comme le sale truc qui nous réveille, et qui nous réveille de la manière la plus désagréable, c'est à dire - soit en nous mettant en rapport avec un manque fondamental qui peut être dès lors apaisé avec une espèce d'activité de décharge, et puis on aura la paix, et puis ça recommencera ... quand on introduit la notion de jouissance là-dedans - vous voyez je suis en train d'essayer de faire un cercle, très confus, un cercle pieux, un cercle religieux de la théorie du désir, on voit à quel point la psychanalyse en est imprégnée, et à quel point la piété psychanalytique est grande. Ce cercle, un de ses segments c'est le désir-manque, un autre segment c'est plaisir-décharge, et encore une fois, c'est complètement lié ça. Et je me dis tout d'un coup : qu'est-ce qui ne va pas chez Reich ? Il y a deux grandes erreurs chez Reich : la première erreur c'est le dualisme, alors il passe à côté : c'est le dualisme entre deux économies, entre une économie politique et une économie libidinale. Si on parle du dualisme entre deux économies, on pourra toujours promettre de faire le branchement, le branchement ne se fera jamais. Et cette erreur du dualisme se répercute à un autre niveau : le désir est encore pensé comme manque et donc il est encore pensé avec comme unité de mesure, le plaisir. Et Reich a beau donné au mot plaisir un mot plus fort et plus violent, il l'appelle orgasme, toute sa conception précisément de l'orgasme, qu'il va essayer de retourner contre Freud, consiste à pousser jusqu'au bout que le désir en tant que tel est lié tellement au manque, que si il n'arrive pas à obtenir la décharge qui l'apaise, il va se produire ce que Reich appelle des stases. Le désir est fondamentalement rapporté à l'orgasme, et que l'on rapporte le désir au plaisir ou à l'orgasme, il faut bien qu'on le rapporte au manque. C'est exactement la même chose. L'une des propositions, c'est l'inverse de l'autre.

Si on ajoute le troisième arc de cercle : désir-manque, tout ça c'est toujours du désir qui est dirigé sur de la transcendance. En effet, si le désir manque de quelque chose, il est comme intentionnalité visée de ce dont il manque, il se définit en fonction d'une transcendance, de la même manière qu'il est mesuré en fonction d'une unité qui n'est pas la sienne, et qui serait le plaisir ou l'orgasme lui assurant sa décharge. Et, pour fermer ce cercle dont on n'a pour le moment que deux arcs - évidemment, le thème qui consiste à établir une distinction entre jouissance et plaisir, est très utile. C'est ça qui va faire fonctionner le tout. Je pense notamment à une distinction chère à Lacan, mais je ne la connais pas, la distinction entre la jouissance et le plaisir. J'en retiens ce que Barthes en dit dans son dernier livre : "Le plaisir du texte", où il explique un peu. Il distingue des textes de plaisir et des textes de jouissance. Voilà ce qu'il dit au sujet du texte de plaisir : "Celui qui contente, emplit, donne de l'euphorie. Celui qui vient de la culture, ne rompt pas avec elle, est lié à une pratique confortable de la lecture"; texte de jouissance : "celui qui met en état de perte, celui qui déconforte, fait vaciller les assises culturelles, historiques, psychologiques du lecteur, la consistance de ses goûts, de ses valeurs et de ses souvenirs ..." "Or, c'est un sujet anachronique, celui qui tient les deux textes dans son champ et dans sa main les rênes du plaisir et de la jouissance, car il participe en même temps et contradictoirement à l'hédonisme profond de toute culture et à la destruction de cette culture. Il jouit de la consistance de son moi, c'est là son plaisir, et recherche sa perte, la perte de son moi. C'est là sa jouissance, c'est un sujet deux fois clivé, deux fois pervers."

Formidable, on retrouve la dualité du sujet de l'énoncé capable de plaisir, et du sujet de l'énonciation digne d'une jouissance. Seulement, comme le sujet de l'énoncé ne s'élève jamais jusqu'au sujet de l'énonciation, parce que le sujet de l'énonciation finalement c'est le grand signifiant, il va de soi que la jouissance est impossible. Ça veut dire que la jouissance, comme est en train de l'expliquer Barthes, est en rapport fondamental avec la mort, si bien qu'on peut boucler notre cercle : désir-manque, désir-plaisir ou orgasme, désir-jouissance.

Heureusement, dans un texte encore plus clair, après, Barthes va jusqu'à dire: "Le plaisir n'est-il qu'une petite jouissance, la jouissance n'est-elle qu'un plaisir extrême ? Non. Ce n'est pas l'un qui est plus fort que l'autre, ou l'autre moins fort, mais ça diffère en nature. Si on dit que le désir et la jouissance sont des forces parallèles, quelles ne peuvent se rencontrer et qu'entre elles, il y a plus qu'un combat, une incommunication, alors il nous faut bien penser que l'histoire, notre histoire n'est pas paisible, ni même peut-être intelligente, que le texte de jouissance y surgit toujours à la façon d'un scandale, d'un boîtement, qu'il est toujours la trace d'une coupure, d'une affirmation, on peut y aller ..." Qu'est-ce qui se passe ?

Je pense à ce livre sur la vie sexuelle dans la Chine ancienne. Il nous raconte une drôle d'histoire, finalement on est tous des Chinois : dans le Taoïsme, ça varie au cours des âges. de toutes manières, le lecteur est frappé de ce que c'est à la gloire de l'homme, les femmes là-dedans ... mais ce n'est pas ça qui fait la différence avec la pensée occidentale, parce que, du côté de la pensée occidentale, ça ne va pas plus fort; la différence, elle est ailleurs.

Ce qui est différent, c'est la manière dont le désir est vécu d'une façon totalement différente : il n'est rapporté à aucune transcendance, il n'est rapporté à aucun manque, il n'est mesuré à aucun plaisir et il n'est transcendé par aucune jouissance, sous la forme ou sous le mythe de l'impossible. Le désir est posé comme pur processus. Concrètement, ça veut dire que ce n'est pas du tout l'orgasme; leur problème ce n'est pas comme le problème occidental qui est : comment arracher la sexualité à la génitalité, leur problème c'est : comment arracher la sexualité à l'orgasme. Alors, ils disent en gros : vous comprenez, le plaisir ou l'orgasme, ce n'est pas du tout l'achèvement du processus, c'est, ou son interruption, ou son exaspération, or les deux reviennent au même et c'est tout à fait fâcheux! Sans doute, il faut que ça arrive, mais alors il faut percevoir ces moments de suspension comme de véritables suspensions qui permettent la remise en marche du processus. Ils ont une théorie sur l'énergie femelle et l'énergie mâle, qui consiste à dire en gros : l'énergie femelle est inépuisable, l'énergie mâle, c'est plus ennuyeux, elle est épuisable. Le problème, de toutes manières, c'est que l'homme prenne quelque chose de l'énergie femme qui est inépuisable, ou bien que chacun prenne quelque chose à l'autre. Comment cela peut-il se faire ?

Il faut que les flux - et il s'agit bien d'une pensée en termes de flux -, il faut que le flux féminin, suivant des trajets très déterminés, remonte suivant les lignes du flux masculin, le long de la colonne vertébrale, pour aller jusqu'au cerveau, et là se fait le désir dans son immanence comme processus. On emprunte un flux, on absorbe un flux, se définit un pur champ d'immanence du désir, par rapport auquel plaisir, orgasme, jouissance sont définis comme de véritables suspensions ou interruptions. C'est à dire, non pas du tout comme satisfaction de désir, mais comme le contraire : exaspération du processus qui fait sortir le désir de sa propre immanence, i.e. de sa propre productivité. Tout ça c'est intéressant pour nous dans la mesure où, dans cette pensée, le désir simultanément perd toute liaison et, avec le manque, et le plaisir ou l'orgasme, et avec la jouissance. Il est conçu comme production de flux, il définit un champ d'immanence, et un champ d'immanence ça veut dire une multiplicité où effectivement tout clivage du sujet en sujet de l'énonciation et sujet de l'énoncé devient strictement impossible, sujet de jouissance et sujet de plaisir devient strictement impossible, puisque dans notre machin tournant c'était tout simple : le sujet de l'énonciation c'était le sujet de la jouissance impossible, le sujet de l'énoncé c'était le sujet du plaisir et de la recherche de plaisir, et le désir manque c'était le clivage des deux. C'est vous dire à quel point, de Descartes à Lacan, cette répugnante pensée du cogito n'est pas seulement une pensée métaphysique.

Toute l'histoire du désir - et encore une fois, c'est de la même manière que Reich tombe, cette manière de relier le désir à un au-delà, qu'il soit celui du manque, qu'il soit celui du plaisir ou qu'il soit celui de la jouissance, et, de poser le dualisme du sujet de l'énonciation et du sujet de l'énoncé, et ce n'est pas par hasard que c'est les mêmes qui le font aujourd'hui, i.e les lacaniens, i.e. d'engendrer tous les énoncés à partir du sujet qui, dès lors, et rétroactivement, devient le sujet clivé en sujet d'énonciation et sujet d'énoncé. Ce qui est inscrit, c'est le sujet de l'énonciation qui met le désir en rapport avec la jouissance impossible, le sujet de l'énoncé qui met le désir en rapport avec le plaisir, et le clivage des deux sujets qui met le désir en rapport avec le manque et la castration. Et, au niveau de la théorie, la production des énoncés se retrouve exactement, mots pour mots, cette théorie pourrie du désir.

C'est en ce sens que je dis que penser, c'est forcément être moniste, dans l'appréhension même de l'identité de la pensée et du processus, aussi bien que dans l'appréhension de l'identité du processus et du désir : le désir comme constitutif de son propre champ d'immanence, c'est à dire comme constitutif des multiplicités qui le peuplent. Mais c'est peut-être obscur tout ça, un champ moniste c'est forcément un champ habité par des multiplicités.

[...]

On voit bien comment ça fait partie du même truc de dire que la jouissance ce n'est pas le plaisir, ça fait partie d'une espèce de système, que pour tout simplifier, je présenterais comme une conception circulaire du désir où, à la base, il y a toujours le postulat de départ - et il est vrai que la philosophie occidentale a toujours consisté à dire : si le désir est, c'est le signe même, ou le fait même que vous manquez de quelque chose. Et tout part de là. On opère une première soudure désir-manque, dès lors, ça va de soi que le désir est défini en fonction d'un champ de transcendance; le désir est désir de ce qu'il n'a pas, ça commence avec Platon, ça continue avec Lacan. Ça c'est la première malédiction du désir, c'est la première façon de maudire le désir; mais ça suffit pas. Ce que je fais, c'est la méthode de Platon dans le Phédon, quand il construit un cercle à partir des arcs. Le deuxième arc : si le désir est fondamentalement visée de l'Autre, ouvert sur une transcendance, si il subit cette première malédiction, qu'est-ce qui peut venir le remplir ? Ce qui peut venir le remplir, ce ne sera jamais qu'en apparence l'objet vers lequel il tend, c'est aussi bien l'Autre, c'est inatteignable, c'est le pur transcendant. Donc, ce ne sera pas ça qui viendra le remplir. Ce qui vient le remplir ou le satisfaire, qui vient lui donner une pseudo-immanence, ça va être ce qu'on appelle l'état de plaisir, mais dès ce second niveau, il est entendu que cette immanence est une fausse immanence puisque le désir a été défini fondamentalement en rapport avec une transcendance, que ce remplissement c'est, à la lettre, une illusion, un leurre. Seconde malédiction du désir : il s'agit de calmer le désir pour l'instant, et puis la malédiction recommencera. Et puis il faudra le réclamer, et puis c'est la conception du plaisir-décharge. Rien que ce mot indique assez que le titre de ce second arc de cercle est "pour en finir provisoirement avec le désir." C'est ça qui me paraît fascinant, à quel point ça reste dans toute la protestation de Reich contre Freud, il garde cette conception du désir-décharge qu'il thématise dans une théorie de l'orgasme. Ce second arc définit bien cette espèce d'immanence illusoire par laquelle le plaisir vient combler le désir, c'est à dire l'anéantir pour un temps. Mais, comme dans toute bonne construction, puisque tout ça c'est de la pure construction, c'est pas vrai, c'est faux d'un bout à l'autre, il faut un troisième pour boucler le truc, puisque vous avez cette vérité supposée du désir branchée sur une transcendance de l'Autre, cette illusion ou ce leurre par lequel le désir rencontre des décharges calmantes à l'issue desquelles il disparaît, quitte à reparaître le lendemain, il faut bien un troisième arc pour rendre compte de ceci : que même à travers ces états de sommeil, de satisfaction, etc. ..., il faut bien que soit réaffirmé sous une forme nouvelle l'irréductibilité du désir aux états de plaisir qui l'ont satisfait que en apparence, il soit réaffirmé sur un autre mode : la transcendance. Et cette réaffirmation c'est le rapport jouissance impossible-mort. Et du début à la fin, c'était la même conception, et quand on nous dit : attention, faut pas confondre le désir, le plaisir, la jouissance, évidemment il ne faut pas les confondre puisqu'ils en ont besoin pour faire trois arcs d'un même cercle, à savoir les trois malédictions portées sur le désir. Les trois malédictions c'est :

- tu manqueras chaque fois que tu désireras

- tu n'espéreras que des décharges

- tu poursuivras l'impossible jouissance.

Alors le désir est complètement piégé, il est pris dans un cercle. Et alors en quoi c'est la même chose, le problème des énoncés ? C'est pareil au niveau du cogito cartésien, puisque vous construisez également votre cercle au niveau de je marche, je respire, j'imagine, je vois une licorne, système d'énoncés où le JE est sujet de l'énoncé, et ça c'est quelque chose comme l'apparence. Peut-être que ce n'est pas vrai, peut-être que Dieu me trompe, peut-être que je crois marcher et que je ne marche pas. Deuxième arc : mais attention, car s'il est vrai que je peux me tromper quand je dis je marche, en revanche, je ne peux pas me tromper lorsque je dis "je pense marcher". Si il est vrai que je peux me tromper quand je dis "je vois une licorne", je ne peux pas me tromper en disant "je pense que je vois une licorne". Ça c'est l'extraction du "je pense donc je suis", c'est l'extraction d'un sujet de l'énonciation; et la production de l'énoncé, d'un énoncé quelconque se fait sous la forme du clivage du sujet en sujet de l'énonciation et sujet de l'énoncé comme condition de la production de tout énoncé possible.

Le désir-manque se trouve au niveau du clivage du sujet, de la coupure, de la barre. Le système du désir-plaisir, il se retrouve au niveau du sujet de l'énoncé. Et le système du désir-jouissance, il se retrouve au niveau de la gloire du sujet de l'énonciation, avec encore une fois, la mystification du cercle : tu commanderas d'autant plus que tu obéiras, i.e. tu seras d'autant plus près d'être le véritable sujet de l'énonciation que tu te conformeras à la barre qui te sépare comme sujet de l'énoncé du sujet de l'énonciation, c'est à dire que c'est par la castration que tu accèdes au désir.

Dire : c'est par la castration que tu accèdes au désir, ou dire : c'est par le clivage du sujet que tu accèdes à la production d'énoncés, c'est pareil.

[Intervention de Rejik : T'as pas envie de pousser plus loin avec le Dieu de Descartes et le signifiant de Lacan ?]

J'ai pas tellement envie, mais je veux bien, ouaf! ouaf! ouaf!

Le problème, ça devient, à supposer qu'on dise que les seuls énoncés, c'est le désir. Tout désir est un énoncé, tous les énoncés sont des désirs. Si c'est bien comme ça, ce dont il faut rendre compte, c'est le système de l'apparence, alors il va de soi que Nietzsche a complètement raison, c'est vraiment un système platonicien chrétien, et si ça aboutit à la psychanalyse, c'est pas par hasard, parce que la psychanalyse c'est le truc qui nous dit : viens, allonge-toi et tu vas avoir enfin l'occasion de parler en ton nom, et qui, en même temps a retiré d'avance toutes les conditions possibles d'une production d'énoncés, précisément parce qu'elle a subordonné toute production d'énoncés au clivage du sujet de l'énonciation et du sujet de l'énoncé, i.e, tu commanderas d'autant plus que tu acceptes la castration [hétéronomie] et que tu poursuivras la jouissance impossible.

 

 

 


2

Commenter cet article