Mes cours de philosophie. Ordre ou désordre? Maryse Emel

L'antiphilosophie risque, par sa stérilisation et le tarissement à la source, de fabriquer une génération d'abrutis manipulables et parfaitement dociles, incapables non seulement de réagir, mais de comprendre l'enjeu" V.Jankelevitch

le racisme..pas toujours là où on croit...

Publié le 29 Janvier 2011 par maryse.emel in culture

Avatar valorise l’authenticité d’une civilisation violente, raciste et conservatrice

 


Une dure et rude critique pour Avatar de James Cameron que celle du philosophe Raphaël Enthoven, un grain de sel dans l’effusion générale pour ce film qui semblait faire unanimité. L’unanimité n’est-elle pas en elle-même douteuse ? Un doute qui doit rendre le spectateur quelque peu attentif : « En montrant, à son insu, comment la haine est engendrée par les meilleures intentions du monde », ce film, selon Raphaël Enthoven, renseigne le spectateur attentif sur les méfaits de la bien-pensance. »

Les méfaits d’Avatar, selon le philosophe Raphaël Enthoven

Les films débiles sont d’excellents outils pédagogiques, car ils donnent à l’enchaînement des concepts la spontanéité, l’évidence, qu’aucune démonstration ne parvient à exprimer. En montrant, à son insu, comment la haine est engendrée par les meilleures intentions du monde, le dernier film de James Cameron, Avatar, renseigne le spectateur attentif sur les méfaits de la bien-pensance. Dans le monde merveilleux d’Avatar, tout est simple : les généraux (c’est-à-dire des brutes) sont alliés à un lobby industriel (c’est-à-dire sans scrupules) qui pille la terre sacrée des sauvages innocents (les Na’vi) infiltrés et espionnés par des organismes hybrides, des « avatars », contrôlés à distance par des humains. Autrement dit, en spéculant sur le double filon de la guerre en Irak et du nouvel ordre écologique, des scénaristes cyniques ont bâti une caricature qui, prenant le spectateur par les bons sentiments, lui donne l’impression de communier dans la lutte contre un discours impérialiste qu’il croit majoritaire. A l’image du soldat dont l’avatar est progressivement adopté par les autochtones, on assiste, dans ce film, à la métamorphose insensible de l’antiracisme en communautarisme : sous prétexte de dénoncer l’intolérance des hommes, le film valorise l’authenticité d’une civilisation violente, raciste et conservatrice, où le plus fort est aussi le chef et où les structures familiales obéissent au schéma le plus réactionnaire. Sous couvert de dénoncer la technique qui sépare l’homme de la nature, le film culmine dans un éloge de la pensée magique. Enfin, c’est au nom du respect des différences que les Na’vi décolonisés excluent les humains d’une planète dont l’air (trop pur ?) est insupportable à leurs poumons.

On dirait un scénario de Claude Lévi-Strauss revisité par le Front national ou les Indigènes de la République. La défense hollywoodienne des cultures malmenées par l’arrogance occidentale, dont la première salve futDanse avec les loups, de Kevin Costner, s’épanouit ouvertement, désormais, dans l’institution de nouvelles normes, qui ne sont pas moins autoritaires ni coercitives. Pour lutter contre l’ethnocentrisme, on en fabrique un autre, ce qui prouve que l’Occident rate sa cible quand il se tire dessus et que la repentance est elle-même, au fond, un avatar du paternalisme colonial.

 

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