Mes cours de philosophie. Ordre ou désordre? Maryse Emel

L'antiphilosophie risque, par sa stérilisation et le tarissement à la source, de fabriquer une génération d'abrutis manipulables et parfaitement dociles, incapables non seulement de réagir, mais de comprendre l'enjeu" V.Jankelevitch

le ressentiment

Publié le 10 Juin 2012 par maryse.emel in quelques pensées..les miennes..

comprendre le jeu des partis...

 

oui une démocratie doit s'appuyer sur le jeu des partis pour demeurer une démocratie. Cependant ce jeu conflictuel doit parvenir à un consensus qu'il ne faut pas confondre avec un renoncement à ses idées propres. Le consensus se construit à partir d'un dialogue rationnel. Aux dernières élections certains partis affichaient la couleur et représentaient dans son intégralité la bourgeoisie: l'UMP, la bourgeoisie des finances, le PS, la bourgeoisie culturelle (au sens où elle possède les biens culturels de la reproduction sociale), le Front de gauche, cette autre bourgeoisie qui se donne des allures d'artiste pour s'affirmer créative et pas seulement reproductive. D'une certaine façon le Front de gauche serait plus élitiste que les autres partis qu'il combat. C'est tout son paradoxe. Ainsi les détenteurs de ce que Marx appelle les moyens de production (et Bourdieu rajouterait les moyens de reproduction) sont sureprésentés. Et on se demande pourquoi les abstentionnistes sont nombreux ou les raisons du vote mariniste...Je pose l'hypothèse que les classes petites bourgeoises ne sont pas représentées dans leur désir de reconnaissance ce qui les conduit à une sorte d'attitude de rejet du politique. Elles y voient corruption et tromperie car personne ne s'est vraiment interrogé sur leur motivation et leur ressentiment. Or la morale du ressentiment est largement exploitée par des partis qui se nourrissent de la rancoeur et de la haine pour se déployer. le parti qui manque dans ce jeu des conflits d'intérêt est un parti qui sache prendre en compte cette morale du ressentiment. En d'autres termes il manque un parti qui transforme le sentiment réactif d'injustice en une volonté d'agir. Il faut prendre le temps d'amener ces hommes du ressentiment à des valeurs productrices d'action politique au lieu de les enfermer dans la lamentation et le rejet de l'autre...

"Puissé-je être quelqu’un d’autre, ainsi soupire ce regard : mais il n’y a pas d’espoir ! Je suis qui je suis : comment me débarrasser de moi ? Et pourtant j’en ai assez de moi !"... Sur ce terrain du mépris de soi, véritable marécage, pousse toute mauvaise herbe, toute plante vénéneuse, tout cela petit, caché, trompeur et fade. Ici grouillent les vers de la vengeance et du ressentiment ; ici l’air empeste de choses secrètes et inavouables ; ici se trame constamment la conspiration la plus méchante, -- la conspiration de ceux qui souffrent contre ceux qui ont réussi et vaincu, ici la simple vue du vainqueur excite la haine. Et que de mensonges pour ne pas reconnaître que cette haine est de la haine ! Quel étalage de grands mots et de façons, quel art de la calomnie « honnête » ! Ces malvenus : quelle noble éloquence coule de leurs lèvres !  NIETZSCHE Généalogie de la morale, IIIème partie, section 14

 

c'est l'envie qui motive ce travail de la haine:

Quand nous sommes frustrés dans notre recherche de l'amour ou de l'estime d'une personne, nous sommes portés à lui découvrir de nouveaux défauts ; ou encore nous nous « rassurons », nous nous « consolons » nous-mêmes, en nous disant que l'objet désiré « n'en valait pas la peine », n'avait pas la valeur que nous pensions. Au début, on se borne à proclamer que tel objet, telle richesse, telle personne, tel événement, bref telle chose désirée, est dépourvue de la valeur qui l'avait fait désirer si fort ; la personne dont nous avions recherché l'amitié n'était pas aussi « droite », aussi « généreuse », aussi « intelligente » que nous le pensions ; les raisins ne sont pas si doux, peut-être même sont-ils « trop verts ».Max Scheler, L’homme de ressentiment (1912), Nrf Gallimard 1933

 


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