Mes cours de philosophie. Ordre ou désordre? Maryse Emel

L'antiphilosophie risque, par sa stérilisation et le tarissement à la source, de fabriquer une génération d'abrutis manipulables et parfaitement dociles, incapables non seulement de réagir, mais de comprendre l'enjeu" V.Jankelevitch

liberté,égalité,fraternité

Publié par maryse.emel in politique

 

Liberté, égalité, fraternité : y a t il un lien nécessaire entre ces trois exigences ?

 

 

Ces trois termes sont séparés par des virgules, apparemment sans lien dans une sorte d’accumulation ou d’énumération.  Liés sans être liés…Quand on regarde  la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen, le fronton des monuments républicains, il est écrit de la même façon Liberté, Egalité, Fraternité. La juxtaposition de ces trois termes semble donner à penser qu’il n’y a rien de commun entre eux. La virgule renforce cet effet de distanciation entre les notions. Cependant ces trois termes ont ceci en commun que ce sont des injonctions, voire des exigences c'est-à-dire des contraintes nécessaires…et qu’on ne les dissocie jamais.. Toutefois, on nous demande d’examiner la nécessité de tenir ensemble ces trois exigences .Cependant,  parler de liberté et d’exigence semble surprenant : en effet la liberté semble peu compatible avec la notion d’exigence, associée à la contrainte.

trois exigences de la  raison…

bien sûr il semble évident que les exigences ne sont pas des exigences arbitraires qui les rapprocheraient du caprice. Ce n’est pas un pur caprice qui a poussé les hommes à  rapprocher ces termes, sans quoi cela n’aurait aucun sens.

Il s’agit donc d’établir dans ce premier moment du  travail la nécessité rationnelle de rapprocher et de lier ces termes.

Les excès de liberté, égalité et fraternité mènent à un dépérissement de l’Etat que l’on pourrait qualifier de despotique.

Trop de Liberté ou la victoire d’un libéralisme mettant à mort l’Egalité (cf Rousseau, Marx)

Trop d’Egalité ou un égalitarisme dangereux pour la Liberté : le visage du despotisme (cf Tocqueville, Montesquieu)

. La Fraternité ou le souci de l’autre, réduire l’individualisme…au risque parfois du communautarisme

Il est clair dès lors que ce qui réunit ces exigences est une nécessité rationnelle pour le politique.

Ce lien n’est toutefois pas seulement rationnel…

Il est aussi moral. Le rationnel se fait raisonnable.

 

B.Trois exigences morales :

 

Rousseau ou la Pitié… La démocratie sera morale ou ne sera pas. Ces trois notions ont comme point commun le souci d’une démocratie morale qui vise un bien commun, comme le souligne la notion de fraternité. Cette dernière notion confère à ces exigences une dimension morale.

Nous dirons donc que le lien de ces trois exigences est non seulement rationnel mais aussi raisonnable.

Liberté et Egalité associées à la  fraternité, cela signifie que le souci moral de la démocratie est : ni libéralisme, ni égalitarisme, ni individualisme

 

C. l’intérêt commun ne se construirait-il pas que par la fraternité...

- réfutation de Marx : des exigences illusoires . Critique de l’universel abstrait et formel qu’impliquent ces exigences. La Déclaration des droits de l'homme est au service du "bourgeois", figure de l'individualisme et de la propriété privée.

- La main invisible d’Adam Smith : la morale n’a pas sa place dans les relations humaines. Ce sont les passions qui construisent l'intérêt de tous. Personne ne peut le voir. Il y a comme une "ruse "de la raison  pour reprendre Hegel.

Peut-on envisager une démocratie qui ne soit pas morale? La démocratie pose des problèmes que nous n'évoquerons pas ici. Si on supprime la fraternité, restent l'association de l'égalité et de la liberté. 

Comme dira Machiavel, l'important est que le peuple soit confiant pour éviter de se révolter.Pour cela il faut mettre en place un régime où le Prince gouverne, quelque soit la forme du Régime. Cultiver le culte de la personne dans une démocratie n'est pas vraiment démocratique...mais il y a des "esprits nuls" écrit Machiavel qui croient à tout ce qu'on leur dit. En d'autres  termes la fraternité est une valeur en laquelle croit le peuple. Laissons  le croire car la politique n'a que faire de la vérité. Son but: la paix. D'où les discours idéologiques dénoncés par Marx. La fraternité est aujourd'hui appelée solidarité...glissement sémantique qui réduit l'idée familiale de "fraternité". Mais la morale demeure car elle est efficace pour régner. On ne parle plus d'égalité mais de parité, plus de liberté mais de libéralisme.

Pourquoi? par la disparition de la fraternité, l'intérêt commun n'a plus sa place: la répartition (des pouvoirs et des biens) succède au souci de l'égalité; la solidarité institue la charité à défaut de la justice et de la fraternité (qui suppose réciprocité dans le partage), et le libéralisme s'affirme.

Qu'est devenu l'intérêt commun? une nostalgie, un renoncement. 

C'est peut-être au nom de la solidarité qu'est morte la fraternité et le souci d'une réelle démocratie.