Mes cours de philosophie. Ordre ou désordre? Maryse Emel

L'antiphilosophie risque, par sa stérilisation et le tarissement à la source, de fabriquer une génération d'abrutis manipulables et parfaitement dociles, incapables non seulement de réagir, mais de comprendre l'enjeu" V.Jankelevitch

Penser la mort

Publié par maryse.emel in la mort, Tolstoï

le scandale de la  mort

Peu de gens connaissent la mort. On ne la souffre pas ordinairement par résolution, mais par stupidité et par coutume; et la plupart des hommes meurent parce qu'on ne peut s'empêcher de mourir.  La Rochefoucault
 
 

 

Pourquoi donc rôdes-tu Gilgamesh?
La vie-sans-fin que tu recherches,
Tu ne la trouveras jamais.
Quand les dieux ont créé les hommes,
Ils leur ont assigné la mort,
Se réservant l'immortalité à eux seuls,
Toi, plutôt, remplis-toi la panse;
Demeure dans la joie jour et nuit;
Fais quotidiennement la fête;
Danse et amuse-toi, jour et nuit;
Habille-toi de vêtements bien propres;
Lave-toi, baigne-toi,
Regarde tendrement ton enfant
Qui te tient par la main,
Et fais le bonheur de ta femme serrée contre toi,
Car telle est l'unique perspective des hommes

 

L' épopée de Gilgamesh (XVIIIe s av JC)

 

La mort fait peur...lisons encore Gilgamesh


Pourquoi ne fuirais-je pas par la campagne ?
Enkidu, mon ami, mon petit frère, panthère du désert,
Mon ami qui avec moi tuait des lions,
Mon ami qui avec moi affrontait toutes les difficultés,
Son destin l'a saisi ;
Six jours et six nuits sur lui j'ai pleuré ;
Puis j'eus peur de la mort et je m'enfuis par la campagne.
Mon ami que j'aimais est devenu semblable à la boue,
Et moi, faudra-t-il me coucher comme lui,
et ne me relever plus à jamais ?

 

C'est dans la mort d'autrui qu'on l'expérimente. Grannde est alors la tentation de dire que  la vie n'a pas de sens et de fuir cet insensé dans ce que Pascal qualifie de "divertissement"

 

La mort c'est le scandale, l'irréversible, l'imprévisible. La philosophie antique se présente comme exercice pour ne pas craindre ce qu'Epicure appelle la peur d'un mot:

 


Prends l'habitude de penser que la mort n'est rien pour nous. Car tout bien et tout mal résident dans la sensation : or la mort est privation de toute sensibilité. Par conséquent, la connaissance de cette vérité que la mort n'est rien pour nous, nous rend capables de jouir de cette vie mortelle, non pas en y ajoutant la perspective d'une durée infinie, mais en nous enlevant le désir de l'immortalité. Car il ne reste plus rien à redouter dans la vie, pour qui a véritablement compris que hors de la vie [il faut entendre : dans la « non-vie »], il n'y a rien de redoutable. On prononce donc de vaines paroles quand on soutient que la mort est à craindre non parce qu'elle sera douloureuse étant réalisée, mais parce qu'il est douloureux de l'attendre. Ce serait en effet une crainte vaine et sans objet que celle qui serait produite par l'attente d'une chose qui ne cause aucun trouble par sa présence [...]. Mais la multitude tantôt fuit la mort comme le pire des maux, tantôt l'appelle comme le terme des maux de la vie. Le sage, au contraire, ne fait pas fi dé la vie et il n'a pas peur non plus de ne plus vivre : car la vie ne lui est pas à charge, et il n'estime pas non plus qu'il y ait le moindre mal à ne plus vivre. De même que ce n'est pas toujours la nourriture la plus abondante que nous préférons, mais parfois la plus agréable, pareillement, ce n'est pas toujours la plus longue durée qu'on veut recueillir, mais la plus agréable. Epicure, Lettre à Ménécée

 

La  philosophie est exercice quotidien, nullement une tentation érudite.Ainsi Epicure nous dit-il que nous ne connaissons la mort qu'à travers le langage car, finalement nous ne la croisons jamais. Quand elle est là nous ne sommes plus là, quand nous sommes là, elle n'est plus là.

 

 

la sagesse consisterait à exercer son esprit à ne plus la craindre, crainte paralysante nous empêchant d'agir en cette vie.
Sénèque écrit:4729095287_eea8e49a00.jpg

[11,7] La maladie, la captivité, la chute ou l'incendie de ma maison, rien de tous ces maux n'est inattendu pour moi : je savais bien dans quel logis, bruyant et tumultueux, la nature m'avait confiné. Tant de fois, dans mon voisinage, j'ai entendu le dernier adieu adressé aux morts ; tant de fois, devant ma porte, j'ai vu les torches et les flambeaux précéder des funérailles prématurées. Souvent a retenti à mes oreilles le fracas d'un édifice qui s'écroulait. Et combien de personnes sortant avec moi du barreau, du sénat, d'un entretien, ont été emportées dans la nuit ! Combien la mort a, dans leur étreinte, séparé de mains unies par la confraternité ! M'étonnerais-je de me voir quelquefois atteint par des dangers qui n'ont jamais cessé de planer autour de moi ?

De la tranquillité de l'âme
 

 

 

[14,4] Canus Julius, un des plus grands hommes qui aient existé, et dont la gloire n'a point souffert d'être né même dans ce siècle, venait d'avoir une longue altercation avec Caligula ; comme il s'en allait, le nouveau Phalaris lui dit : "Ne vous flattez pas au moins d'une folle espérance, j'ai donné l'ordre de votre supplice." -- "Grâces vous soient rendues, très excellent prince ".

id

 

C'est le détachement que prône Sénèque, à ne pas confondre avec l'indifférence...Ne pas s'attacher à ce qui ne dépend pas de nous.

 

 

 

Penser la mort

Faut-il vivre comme si nous ne devions jamais mourir?



Je sais que ma naissance est un hasard, un accident risible, et cependant, dès que je m'oublie, je me comporte comme si elle était un événement capital, indispensable à la marche et à l'équilibre du monde. 
Cioran De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1273


Si la mort n'avait que des côtés négatifs, mourir serait un acte impraticable. 
De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1275


Nous ne sommes en vrai que lorsque nous irradions du temps, lorsque des soleils se lèvent en nous et que nous en prodiguons les rayons, lesquels éclairent les instants...Nous assistons alors à cette volubilité des choses surprises d'être venues à l'existence, impatientes d'étaler leur étonnement dans les métaphores de la lumière.

Cioran, La tentation d'exister,1956

Spontanément la mort se donne comme absurdité, c'est d'ailleurs ainsi que la vit Gilgamesh. Elle est l'inattendu, surprend par sa brutalité. Mais comme le raconte Tolstoï dans La mort d'Ivan Ilitch, très vite elle nous renvoie à nous-mêmes pour de multiples raisons: l'égoïsme ( ses amis éprouvent "un sentiment de joie). Bien sûr il y a les civilités, mais la tendance de l'homme est de rechercher son intérêt particulier, selon Tolstoï.

"Outre les réflexions que suggérait à chacun cette mort et les changements possibles de service qui allaient en résulter, le fait même de la mort d’un excellent camarade éveillait en eux, comme il arrive toujours, un sentiment de joie. Chacun pensait: Il est mort, et moi pas! Quant aux intimes, ceux qu’on appelle des amis, ils pensaient involontairement qu’ils auraient à s’acquitter d’un ennuyeux devoir de convenance: aller d’abord au service funéraire, ensuite faire une visite de condoléance à la veuve."

pour celui qui la vit, c'est la peur et l'angoisse: l'homme est seul face à la mort

Oui. Pourquoi se faire des illusions? N’est-ce pas clair pour tout le monde, sauf pour moi, que je me meurs et que ce n’est plus maintenant qu’une question de semaines, de jours... tout à l’heure peut-être. Les ténèbres ont remplacé la lumière. J’étais ici, et maintenant, je m’en vais! Où?» Son corps se glaça. Sa respiration s’arrêta. Il n’entendait que les battements de son cœur. «Moi je ne serai plus, mais qu’arrivera-t-il? Rien ne sera. Où serai-je quand je ne serai plus là? Serait-ce la mort? Non, je ne veux pas!» Il bondit, voulut allumer la bougie, chercha les allumettes d’une main tremblante, fit tomber par terre le bougeoir, et, de nouveau, se rejeta sur ses oreillers. «Pourquoi? À quoi bon?» se disait-il les yeux grands ouverts dans l’obscurité. «La mort. Oui, la mort. Et eux tous n’en savent rien; ils ne veulent pas le savoir, et ne me plaignent pas. Ils jouent! (À travers la porte il entendait un bruit lointain de voix et de ritournelles). Cela leur est bien égal. Pourtant eux aussi mourront. Les imbéciles! D’abord mon tour, après le leur. Et ils rient, ces brutes!» La colère l’étouffait. Il souffrait le martyre. «Ce n’est pas possible que tout le monde soit condamné aux mêmes horreurs!» Il se leva encore une fois. «Il y a quelque chose qui ne va pas. Il faut se calmer, remonter au commencement.» Il se mit à songer. «Oui, le début de ma maladie. Je me suis donné un coup au côté sans rien éprouver d’extraordinaire, seulement une petite douleur sourde. Puis cela s’est aggravé; puis le médecin, la mélancolie, l’angoisse, de nouveau le médecin; et je m’approchais de plus en plus de l’abîme. Les forces diminuent. Plus près, plus près. Et me voilà épuisé. Mes yeux sont devenus ternes. C’est la Mort et moi je ne pense qu’à mon intestin. Je ne pense qu’à guérir mon intestin et c’est la Mort! Mais, est-ce la Mort?» Il fut repris de terreur. Tout haletant il se baissa, chercha les allumettes, heurta la table de nuit, se fit mal, et, dans un mouvement de colère, la poussa fortement et la renversa. Épouvanté, sans souffle, il se jeta sur le dos, attendant la fin.

La mort d'Ivan Ilitch

Les justifications rationnelles et logiques n'aident pas à comprendre :

Il avait appris dans le traité de Logique de Kizeveter cet exemple de syllogisme: «Caïus est un homme; tous les hommes sont mortels; donc Caïus est mortel.» Ce raisonnement lui paraissait tout à fait juste quand il s’agissait de Caïus mais non quand il s’agissait de lui-même. idem

Le discours semble incapable de ressaisir ce sentiment de mourir

Pire, la mort apparaît comme le scandale ultime, pour moi, qui croyais être unique

Caïus, ou de l’homme en général, et alors c’était naturel, mais lui, il n’était ni Caïus, ni l’homme en général, il était un être à part: il était Vania, avec maman et papa, avec Mitia et Volodia, avec ses jouets, le cocher, la bonne, puis avec Katenka, avec toutes les joies, tous les chagrins et tous les enthousiasmes de son enfance, de son adolescence et de sa jeunesse. Est-ce que Caïus avait jamais senti l’odeur de la balle en cuir que Vania aimait tant? Caïus avait-il jamais baisé la main de sa maman? Avait-il eu du plaisir à entendre le frou-frou de sa robe de soie? Était-ce lui qui avait fait du tapage pour des petits gâteaux, à l’école? Était-ce Caïus qui avait été amoureux? Était-ce lui qui dirigeait si magistralement les débats du tribunal? Caïus est mortel,c’est certain, et il est naturel qu’il meure; mais moi, Vania, Ivan Ilitch, avec tous mes sentiments, toute mon intelligence, moi, c’est autre chose. Il n’est pas du tout naturel que je doive mourir. Ce serait trop affreux. (idem)

Tolstoï montre ce moment du bilan..La mort est ici sentie comme un terme, une fin

une épreuve solitaire:

Il revenait dans son cabinet, se couchait et restait,seul avec elle,face à face avec elle. Mais il n’avait rien à faire avec elle, que de la regarder et frémir d’épouvante

Que penser de l'attitude de l'homme qui n'oublie pas la mort? Il ne peut plus vivre. Il faut savoir oublier, sans quoi, et ce récit le montre, la pensée de la mort envahit tout l'espace de la pensée. A la lumière de ce récit, on comprend que la mort est fin des "possibles". Je me fige dans mon être, à travers les souvenirs que l'on gardera de moi.

L'homme est un être pour la mort. La phénoménologie parlera à ce sujet de finitude. Pascal de misère humaine (à ne pas confondre avec la bassesse):

En voyant l'aveuglement et la misère de l'homme, en regardant tout l'univers muet et l'homme sans lumière abandonné ? lui-même, et comme égaré dans ce recoin de l'univers sans savoir qui l'y a mis, ce qu'il est venu faire, ce qu'il deviendra en mourant, incapable de toute connaissance, j'entre en effroi comme un homme qu'on aurait porté endormi dans une île déserte et effroyable, et qui s'éveillerait sans connaître et sans moyen d'en sortir. Et sur cela j'admire comment on n'entre point en désespoir d'un si misérable état. Je vois d'autres personnes auprès de moi d'une semblable nature. Je leur demande s'ils sont mieux instruits que moi. Ils me disent que non et sur cela ces misérables égarés, ayant regardé autour d'eux et ayant vu quelque objets plaisants s'y sont donnés et s'y sont attachés. Pour moi je n'ai pu prendre d'attache et considérant combien il y a plus d'apparence qu'il y a autre chose que ce que je vois j'ai recherché si Dieu n'aurait point laissé quelque marque de soi.

Pascal, Pensées

Cette conscience de la mort inéluctable conduit certains à s'attacher à n'importe quoi, écrit Pascal, mais tout cela est illusoire. L'homme doit mourir. C'est un roseau, rajoute-t-il, mais un "roseau pensant". C'est parce qu'il réfléchit à la "misère humaine", c'est à dire à sa destination mortelle, qu'il échappera à "la bassesse" et à la peur. Le désir de gloire, d'argent, ne permet pas d'éviter la peur de la mort (comme on le voit dans le récit de Tolstoï)

Au lieu de la mort il voyait la lumière.«Ah! voilà donc ce que c’est», prononça-t-il à haute voix.«Quelle joie!»Tout cela ne dura qu’un instant.

Penser la mort

La mort de Méduse...

Comme ce sont des monstres, ce sont des hybrides. Elles conjoignent la mortalité et l’immortalité. Ce sont des femmes, mais la tête de la Gorgone est barbue, elles sont en même temps masculine. Ce sont des êtres humains, elles ont un visage, mais elles ont en même temps des ailes, des ailes d’or, elles peuvent voler. Elles ont des membres, qui sont des membres d’acier ou de plomb, lourds qui démentent en quelque sorte cette capacité de voler. Elles ont en même temps, dans cette figure humaine, une dentition bestiale avec en particulier deux dents, comme des défenses de sangliers, qui sortent de la bouche. Elles ont d’autre part une espèce de rictus avec la langue qui pend en dehors, ce qui devrait être dedans est dehors. Et elles poussent un cri guttural qui vous glace de terreur. La mort en personne, le visage de la mort s’il faut donner un visage à la mort. Alors, la difficulté, c’est que la spécialité des Gorgones c’est ce pouvoir de changer en pierre tout ceux qui rencontrent leur regard, qui le croisent. Changer en pierre. On ne devient pas, on n’est pas seulement mort, c’est pire, on est changé en ce qui est le contraire de la vie, la pierre. Elle est froide. Elle est imperméable au soleil. Elle est aveugle. Elle est rugueuse. Elle est immobile alors que l’être vivant a ses yeux qui lui font voir. Il baigne dans la lumière. Il est tiède. Il est doux. Il est mobile. Changer au pire c’est en quelque sorte être transformé de la vie en minéral, en quelque chose d’absolument opaque, le contraire de la vie.

Alors, voilà, c’est ça l’enjeu. Comment est-ce qu’on peut couper la tête de créature, c’est-à-dire les regarder et manier la serpe ? Comment on peut arriver à ce paradoxe ? Le paradoxe, c’est comment se rendre maître de la mort sans qu’en quelque sorte tomber face-à-face avec la mort et être soi-même changé en mort, pire qu’un mort, une pierre, devenir une pierre. C’est ça le paradoxe.Comme ce sont des monstres, ce sont des hybrides. Elles conjoignent la mortalité et l’immortalité. Ce sont des femmes, mais la tête de la Gorgone est barbue, elles sont en même temps masculine. Ce sont des êtres humains, elles ont un visage, mais elles ont en même temps des ailes, des ailes d’or, elles peuvent voler. Elles ont des membres, qui sont des membres d’acier ou de plomb, lourds qui démentent en quelque sorte cette capacité de voler. Elles ont en même temps, dans cette figure humaine, une dentition bestiale avec en particulier deux dents, comme des défenses de sangliers, qui sortent de la bouche. Elles ont d’autre part une espèce de rictus avec la langue qui pend en dehors, ce qui devrait être dedans est dehors. Et elles poussent un cri guttural qui vous glace de terreur. La mort en personne, le visage de la mort s’il faut donner un visage à la mort. Alors, la difficulté, c’est que la spécialité des Gorgones c’est ce pouvoir de changer en pierre tout ceux qui rencontrent leur regard, qui le croisent. Changer en pierre. On ne devient pas, on n’est pas seulement mort, c’est pire, on est changé en ce qui est le contraire de la vie, la pierre. Elle est froide. Elle est imperméable au soleil. Elle est aveugle. Elle est rugueuse. Elle est immobile alors que l’être vivant a ses yeux qui lui font voir. Il baigne dans la lumière. Il est tiède. Il est doux. Il est mobile. Changer au pire c’est en quelque sorte être transformé de la vie en minéral, en quelque chose d’absolument opaque, le contraire de la vie.

Alors, voilà, c’est ça l’enjeu. Comment est-ce qu’on peut couper la tête de créature, c’est-à-dire les regarder et manier la serpe ? Comment on peut arriver à ce paradoxe ? Le paradoxe, c’est comment se rendre maître de la mort sans qu’en quelque sorte tomber face-à-face avec la mort et être soi-même changé en mort, pire qu’un mort, une pierre, devenir une pierre. C’est ça le paradoxe.

Polydectès sachant que Persée est revenu et que Persée lui fait savoir qu’il lui apporte un cadeau magnifique, de nouveau immense banquet. Immense salle avec tous les gens autour sur des lits, ou sur des chaises, sur des lits plutôt, chacun buvant, devisant, riant on attend Persée. Persée ouvre la porte, aperçoit cette scène de banquet, merveilleuse, au milieu de gens sérieux, des gens ivres, d’autres qui sont déjà tombés, il avance, franchit le seuil, sort la tête de Méduse qu’il tient par la tête et détourne la tête de l’autre côté et tous ces gens, à commencer par Polydectès, sont transformés en image. Ils deviennent des sculptures représentant le banquet. Ils sont changés d’hommes en pierres, mais d’hommes en pierres qui est l’image des hommes. Changés en pierres par le pouvoir de la Méduse.

Catherine Unger : On comprend pourquoi les peintres se sont beaucoup inspirés de cette légende.

Jean-Pierre Vernant : Bien entendu. C’était merveilleux. Tout peintre fait ça. C’est-à-dire qu’il immobilise, transforme en image le spectacle qu’il a sous les yeux dans la nature.