Mes cours de philosophie. Ordre ou désordre? Maryse Emel

L'antiphilosophie risque, par sa stérilisation et le tarissement à la source, de fabriquer une génération d'abrutis manipulables et parfaitement dociles, incapables non seulement de réagir, mais de comprendre l'enjeu" V.Jankelevitch

Penser Connaître (Kant)

Publié par maryse.emel in penser, Kant

Penser Connaître (Kant)

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« J’ai dû écarter la connaissance pour faire place à la croyance »,

"Assurément, personne ne peut se vanter de savoir qu'il y a un Dieu et une vie future, car, s'il le sait, il est précisément l'homme que je cherche,depuis longtemps. Tout savoir(...)peut se communiquer et je pourrais par conséquent, instruit par lui, espérer voir étendre merveilleusement ma science.

Non, la conviction n'est pas une certitude logique, mais une certitude morale."

Kant, Critique de la Raison Pure, Canon de la Raison pure

Ce que nous ne pouvons ressaisir par la sensibilité n'est pas un concept de l'entendement, mais une Idée de la raison. Il faut donc distinguer ce qui relève de la connaissance scientifique et ce qui appartient à la pensée. Kant pose dans la Première Critique trois idées: Dieu, la liberté et le monde.

Nous avons besoin de ces idées car il ne nous suffit pas d'accumuler des connaissances. Il nous faut les rassembler dans une unité et leur donner un sens. Le problème de l'entendement c'est qu'il peut lui arriver de franchir son domaine et s'égarer dans les illusions

« J’ai dû écarter la connaissance pour faire place à la croyance »Kant (Première Critique)

La tâche de la raison sera de "prescrire une direction vers une certaine unité dont l'entendement n'a aucun concept, mais qui tend à rassembler dans un tout absolu tous les actes de l'entendement par rapport à chaque objet" (Les concepts de la Raison Pure, Les Idées transcendantales)
Penser Connaître (Kant)

Un idéal n’est autre chose que la conception d’une perfection qui ne s’est pas encore rencontrée dans l’expérience. Telle est, par exemple, l’idée d’une république parfaite, gouvernée d’après les règles de la justice. Est-elle pour cela impossible ? Seulement il faut d’abord que notre idée ne soit pas fausse, et ensuite qu’il ne soit pas absolument impossible de vaincre tous les obstacles qui peuvent s’opposer à son exécution. Si, par exemple, tout le monde mentait, la franchise serait-elle pour cela une pure chimère ? L’idée d’une éducation qui développe dans l’homme toutes ses dispositions naturelles est vraie absolument…

Il y a beaucoup de germes dans l’humanité, et c’est à nous à développer proportionnellement nos dispositions naturelles, à donner à l’humanité tout son déploiement et à faire en sorte que nous remplissions notre destination…

L’éducation est un art dont la pratique a besoin d’être perfectionnée par plusieurs générations. Chaque génération, munie des connaissances des précédentes, est toujours plus en mesure d’arriver à une éducation qui développe dans une juste proportion et conformément à leur but toutes nos dispositions naturelles, et qui conduise ainsi toute l’espèce humaine à sa destination. La Providence a voulu que l’homme fût obligé de tirer le bien de lui-même, et elle lui dit en quelque sorte : « Entre dans le monde. J’ai mis en toi toutes sortes de dispositions pour le bien. C’est à toi qu’il appartient de les développer, et ainsi ton bonheur ou ton malheur dépend de toi. » C’est ainsi que le Créateur pourrait parler aux hommes.

L’homme doit d’abord développer ses dispositions pour le bien ; la Providence ne les a pas mises en lui toutes formées ; ce sont de simples dispositions, et il n’y a pas encore là de distinction de moralité. Se rendre soi-même meilleur, se cultiver soi-même, et, si l’on est mauvais, développer en soi la moralité, voilà le devoir de l’homme. Quand on y réfléchit mûrement, on voit combien cela est difficile. L’éducation est donc le problème le plus grand et le plus ardu qui nous puisse être proposé. Les lumières en effet dépendent de l’éducation, et à son tour l’éducation dépend des lumières. Aussi ne saurait-elle marcher en avant que pas à pas, et ne peut-on arriver à s’en faire une idée exacte que parce que chaque génération transmet ses expériences et ses connaissances à la suivante, qui y ajoute à son tour et les lègue ainsi augmentées à celle qui lui succède. Quelle culture et quelle expérience ne suppose donc pas cette idée ? C’est pourquoi elle ne pouvait paraître que fort tard, et nous-mêmes ne l’avons pas encore élevée à son plus haut degré de pureté. La question est de savoir si l’éducation dans l’individu doit imiter la culture que l’humanité en général reçoit de ses diverses générations.

Il y a deux choses dont on peut regarder la découverte comme la plus difficile pour l’humanité : l’art de gouverner les hommes et celui de les élever, et pourtant on dispute encore sur ces idées…

Un principe de pédagogie que devraient surtout avoir devant les yeux les hommes qui font des plans d’éducation, c’est qu’on ne doit pas élever les enfants d’après l’état présent de l’espèce humaine, mais d’après un éclat meilleur, possible dans l’avenir, c’est-à-dire d’après l’idée de l’humanité et de son entière destination. Ce principe est d’une grande importance. Les parents n’élèvent ordinairement leurs enfants qu’en vue du monde actuel, si corrompu qu’il soit. Ils devraient au contraire leur donner une éducation meilleure, afin qu’un meilleur état en pût sortir dans l’avenir. Kant, Réflexions sur l'éducation