Mes cours de philosophie. Ordre ou désordre? Maryse Emel

L'antiphilosophie risque, par sa stérilisation et le tarissement à la source, de fabriquer une génération d'abrutis manipulables et parfaitement dociles, incapables non seulement de réagir, mais de comprendre l'enjeu" V.Jankelevitch

éduquer: pourquoi?

Publié le 5 Juin 2013 par maryse.emel in freud, inconscient, nature, culture

éduquer: pourquoi?

Textes à l'appui du cours de J. Morne
Freud ou les énigmes du moi

On nous conteste de tous côtés le droit d'admettre un psychisme inconscient et de travailler scientifiquement avec cette hypothèse. Nous pouvons répondre à cela que l'hypothèse de l'inconscient est nécessaire et légitime, et que nous possédons de multiples preuves de l'existence de l'inconscient. Elle est nécessaire parce que les données de la conscience sont extrêmement lacunaires ; aussi bien chez l'homme sain que chez le malade, il se produit fréquemment des actes psychiques qui, pour être expliqués, présupposent d'autres actes qui, eux, ne bénéficient pas du témoignage de l'a conscience. Ces actes ne sont pas seulement les actes manqués et les rêves, chez l'homme sain, et tout ce qu'on appelle symptômes psychiques et phénomènes compulsionnels chez le malade ; notre expérience la plus quotidienne la plus personnelle nous met en présence d'idées qui nous viennent sans que nous en connaissions l'origine, et de résultats de pensées dont l'élaboration nous est demeurée cachée. Tous ces actes conscients demeurent incohérents et incompréhensibles si nous nous obstinons à prétendre qu'il faut bien percevoir par la conscience tout ce qui se passe en nous en fait d'actes psychiques ; mais ils s'ordonnent dans un ensemble dont on peut montrer la cohérence, si nous interpolons les actes inconscients inférés. Or nous trouvons dans ce gain de sens et de cohérence une raison, pleinement justifiée, d'aller au-delà de l'expérience immédiate. Et s'il s'avère de plus que nous pouvons fonder sur l'hypothèse de l'inconscient une pratique couronnée de succès, par laquelle nous influençons, conformément à un but donné, le cours des processus conscients, nous aurons acquis, avec ce succès, une preuve incontestable de l'existence de ce dont nous avons fait l'hypothèse.

Métapsychologie, « L'Inconscient » (1915), Éd. Gallimard, 1968.

Il y a un concept fondamental […] dont nous ne pouvons nous passer en psychologie : c'est celui de pulsion […]

Par poussée d'une pulsion on entend le facteur moteur de celle-ci, la somme de force ou la mesure d'exigence de travail qu'elle représente. Le caractère « poussant » est une propriété générale des pulsions, et même l'essence de celles-ci. Toute pulsion est un morceau d'activité ; quand on parle, d'une façon relâchée, de pulsions passives, on ne peut rien vouloir dire d'autre que pulsions à but passif.

Le but de la pulsion est toujours la satisfaction, qui ne peut être obtenue qu'en supprimant l'état d'excitation à la source de la pulsion. Mais, quoique ce but final reste invariable pour chaque pulsion, diverses voies peuvent mener au même but final, en sorte que différents buts, plus proches ou intermédiaires, peuvent s'offrir pour une pulsion ; ces buts se combinent ou s'échangent les uns avec les autres. L'expérience nous autorise à parler de pulsions « inhibées quant au but », dans le cas de processus pour lesquels une certaine progression dans la voie de la satisfaction pulsionnelle est tolérée, mais qui, ensuite, subissent une inhibition ou une dérivation. On peut supposer que même de tels processus ne vont pas sans une satisfaction partielle.

L'objet de la pulsion est ce en quoi ou par quoi la pulsion peut atteindre son but. Il est ce qu'il y a de plus variable dans la pulsion, il ne lui est pas originairement lié : mais ce n'est qu'en raison de son aptitude particulière à rendre possible la satisfaction qu'il est adjoint. Ce n'est pas nécessairement un objet étranger, mais c'est tout aussi bien une partie du corps propre. Il peut être remplacé à volonté tout au long des destins que connaît la pulsion ; c'est à ce déplacement de la pulsion que revient le rôle le plus important. Il peut arriver que le même objet serve à la satisfaction de plusieurs pulsions : c'est le cas de ce qu'Alfred Adler appelle l'entrecroisement des pulsions. Lorsque la liaison de la pulsion à l'objet est particulièrement intime, nous la distinguons par le terme fixation. Elle se réalise souvent dans des périodes du tout début du développement de la pulsion et met fin à la mobilité de celle-ci en résistant intensément à toute dissolution.

Par source de la pulsion, on entend le processus somatique qui est localisé dans un organe ou une partie du corps et dont l'excitation est représentée dans la vie psychique par la pulsion. Nous ne savons pas si ce processus est strictement de nature chimique ou s'il peut aussi correspondre à une libération d'autres forces, mécaniques par exemple. L'étude des sources pulsionnelles déborde le champ de la psychologie ; bien que le fait d'être issu de la source somatique soit l'élément absolument déterminant pour la pulsion, elle ne nous est connue, dans la vie psychique, que par ses buts.

Métapsychologie, « Pulsions et destins des pulsions » (1915), Éd. Gallimard, 1968.

Originairement, tout au début de la vie psychique, le moi se trouve investi par les pulsions et en partie capable de satisfaire ses pulsions sur lui-même. Nous appelons cet état narcissisme, et nous qualifions d'auto-érotique cette possibilité de satisfaction. Le monde extérieur, à ce moment, n'est pas investi par l'intérêt (dans le sens général du terme), il est indifférent pour ce qui est de la satisfaction. A cette époque, le moi-sujet coïncide avec ce qui est plaisant, le monde extérieur avec ce qui est indifférent (éventuellement avec ce qui, comme source d'excitation, est déplaisant). Si, pour commencer nous définissons l'amour comme relation du moi à ses sources de plaisir, la situation dans laquelle il n'aime que lui-même et est indifférent au monde éclaire la première des oppositions dans laquelle nous avons trouvé « aimer ».

Le moi n'a pas besoin du monde extérieur pour autant qu'il est auto-érotique, mais il reçoit de celui-ci des objets et par suite des expériences que connaissent les pulsions de conservation du moi, et il ne peut éviter de ressentir des excitations pulsionnelles internes, pour un temps, comme déplaisantes. Alors, sous la domination du principe de plaisir, s'accomplit un nouveau développement dans le moi. Il prend en lui, dans la mesure où ils sont source de plaisir, les objets qui se présentent, il les introjecte (selon l'expression de Ferenczi) et, d'un autre côté, expulse hors de lui ce qui, à l'intérieur de lui-même provoque le déplaisir.

Métapsychologie, « Pulsions et destins des pulsions », pp. 37-38.

La satisfaction de la pulsion soumise au refoulement serait assurément possible et provoquerait aussi, à chaque fois du plaisir ; mais elle serait alors inconciliable avec d'autres revendications et d'autres fins ; elle créerait du plaisir à un endroit et du déplaisir à un autre. Il en résulte une condition pour le refoulement : le motif du déplaisir doit acquérir une puissance supérieure à celui du plaisir de satisfaction. L'expérience psychanalytique des névroses de transfert nous force même à conclure que le refoulement n'est pas un mécanisme de défense présent à l'origine, qu'il ne peut s'instituer avant qu'une séparation marquée entre les activités psychiques consciente et inconsciente ne soit produite, et que l'essence du refoulement ne consiste qu'en ceci : mettre à l'écart et tenir à l'écart du conscient. […]

Nous sommes fondés à admettre un refoulement originaire, une première phase de refoulement, qui consiste en ceci que le représentant psychique de la pulsion se voit refuser la prise en charge dans le conscient […] Le deuxième stade du refoulement, le refoulement proprement dit, concerne les rejetons psychiques du représentant refoulé, ou bien telles chaînes de pensées qui, venant d'ailleurs, se trouvent rentrées en relation associative avec lui. Du fait de cette relation, ces représentations connaissent le même sort que le refoulé originaire. Le refoulement proprement dit est donc un refoulement après-coup. […]

Influencés par l'étude des psychonévroses, qui nous révèle les effets importants du refoulement, nous sommes enclins à surestimer leur contenu psychologique et nous oublions trop facilement que le refoulement n'empêche pas le représentant de la pulsion de persister dans l'inconscient, de continuer à s'organiser, de former des rejetons et d'établir des liaisons. Le refoulement ne trouble en fait que la relation à un système psychique, celui du conscient.

Il est d'autres choses encore que la psychanalyse peut nous montrer, et qui sont importantes pour comprendre les effets du refoulement dans les psychonévroses. Elles nous montrent, par exemple, que le représentant de la pulsion connaît un développement moins perturbé et plus riche quand il est soustrait par le refoulement à l'influence consciente. Il prolifère alors, pour ainsi dire, dans l'obscurité, et trouve des formes d'expression extrêmes qui, une fois qu'elles sont traduites et présentées au névrosé, non seulement lui apparaissent nécessairement comme étrangères mais même l'effraient en lui fournissant l'image d'une force pulsionnelle extraordinaire et dangereuse. Cette force trompeuse de la pulsion est le produit d'un déploiement non inhibé dans le fantasme, et de la stase résultant d'une satisfaction frustrée. La relation de ce dernier effet avec le refoulement nous indique dans quelle direction il faut rechercher la véritable signification de celui-ci.

Mais si nous regardons encore une fois le refoulement du côté opposé, nous constatons qu'on ne saurait même soutenir qu'il tient tous les rejetons du refoulé originaire à l'écart du conscient. Quand ces rejetons se sont suffisamment éloignés du représentant refoulé, soit parce qu'ils se sont laissé déformés, soit parce que se sont intercalés plusieurs intermédiaires, alors, sans plus d'obstacles, ils peuvent accéder librement au conscient. C'est comme si la résistance du conscient à leur endroit était fonction de leur éloignement par rapport au refoulé originaire.

Métapsychologie, « Le refoulement », Gallimard, 1968.

Un acte psychique en général passe par deux phases, deux états, entre lesquels est intercalé une sorte d'épreuve (censure). Dans la première phase, il est inconscient et appartient au système Ics ; s'il est écarté par l'épreuve que lui fait subir la censure, le passage à la deuxième phase lui est refusé ; il est dit alors refoulé et doit nécessairement rester inconscient. Mais s'il réussit dans cette épreuve, alors il rentre dans la deuxième phase et appartient désormais au deuxième système que nous décidons d'appeler le système Cs. Mais son rapport à la conscience n'est pas encore déterminé de façon univoque par cette appartenance. Il n'est pas encore conscient mais bien plutôt susceptible de devenir conscient, autrement dit il peut maintenant, sans résistance particulière, et pourvu que certaines conditions se trouvent remplies, devenir objet de conscience. Eu égard à cette possibilité de devenir conscient, nous appelons aussi le système Cs le « préconscient ». S'il s'avérait que le fait, pour le préconscient, de devenir conscient, est déterminé, lui aussi, par une certaine censure, alors nous séparerions plus strictement l'un de l'autre les systèmes Pcs et Cs. Pour le moment il suffit de retenir que le système Pcs partage les propriétés du système Cs et que la censure rigoureuse remplit son office au passage de l'Ics au Pcs (ou Cs).

Métapsychologie, « L'Inconscient », Éd. Gallimard, 1968.

Les pensées du rêve et le contenu du rêve nous apparaissent comme deux exposés des mêmes faits en deux langues différentes : ou mieux, le contenu du rêve nous apparaît comme une transcription des pensées du rêve, dans un autre mode d'expression, dont nous ne pourrons connaître les signes et les règles que quand nous aurons comparé la traduction et l'original. Nous comprenons les pensées du rêve d'une manière immédiate dès qu'elles nous apparaissent. Le contenu du rêve nous est donné sous forme de hiéroglyphes, dont les signes doivent être successivement traduits dans la langue des pensées du rêve. On se trompera évidemment si on veut lire ces signes comme des images et non selon leur signification conventionnelle. Supposons que je regarde un rébus : il représente une maison sur le toit de laquelle on voit un canot, puis une lettre isolée, un personnage sans tête qui court, etc. Je pourrais déclarer que ni cet ensemble, ni ses diverses parties n'ont de sens. Un canot ne doit pas se trouver sur le toit d'une maison et une personne qui n'a pas de tête ne peut pas courir. Je ne jugerai exactement le rébus que lorsque je renoncerai à apprécier ainsi le tout et les parties, mais m'efforcerai de remplacer chaque image par une syllabe ou par un mot qui, pour une raison quelconque, peut être représentée par cette image. Ainsi réunis, les mots ne seront plus dépourvus de sens, mais pourront former quelque belle et profonde parole. Le rêve est un rébus, nos prédécesseurs ont commis la faute de vouloir l'interpréter en tant que dessin. C'est pourquoi il leur a paru absurde et sans valeur.

L'Interprétation des rêves (1900), PUF, 1967.

Il n'y a dans ce système ni négation, ni doute, ni degré dans la certitude. Tout cela n'est introduit que par le travail de la censure entre Ics et Pcs. La négation est un substitut du refoulement d'un niveau supérieur. Dans l'Ics, il n'y a que des contenus plus ou moins fortement investis.

Il y règne une beaucoup plus grande mobilité des investissements. Par le processus de déplacement une représentation peut transmettre tout son quantum d'investissement à une autre, par celui de la condensation s'approprier tout l'investissement de plusieurs autres. J'ai proposé de considérer ces deux processus comme signes caractéristiques de ce que nous appelons le processus psychique primaire. Dans le système Pcs règne le processus secondaire ; dans le cas où un tel processus primaire peut se dérouler sur des éléments du système Pcs, il apparaît comique et provoque le rire.

Les processus du système Ics sont intemporels, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas ordonnés dans le temps, ne sont pas modifiés par l'écoulement du temps, n'ont absolument aucune relation avec le temps. La relation avec le temps est elle aussi liée au travail du système Cs.

Pas davantage les processus Ics n'ont égard à la réalité. Ils sont soumis au principe de plaisir ; leur destin ne dépend que de leur force et de leur conformité ou de leur non-conformité aux exigences de la régulation plaisir-déplaisir. Investissements), intemporalité et substitution à la réalité extérieure de la réalité psychique, tels sont les caractères que nous devons nous attendre à trouver aux processus appartenant au système Ics.

Métapsychologie, « L'Inconscient » (1915), Éd. Gallimard, 1968, § 5, p. 97.

Après de longues hésitations, de longues tergiversations, nous avons résolu de n'admettre l'existence que de deux pulsions fondamentales : l'Éros, et la pulsion de destruction (les pulsions, opposées l'une à l'autre, de conservation de soi et de conservation de l'espèce, ainsi que l'autre opposition entre amour du moi et amour d'objet, entrent encore dans le cadre de l'Éros). Le but de l'Éros est d'établir toujours de plus grandes unités, donc de conserver : c'est la liaison. Le but de l'autre pulsion, au contraire, est de briser les rapports, donc de détruire les choses. Il nous est permis de penser de la pulsion de destruction que son but final est de ramener ce qui vit à l'état inorganique et c'est pourquoi nous l'appelons aussi pulsion de mort. Si nous admettons que l'être vivant n'est apparu qu'après la matière inanimée et qu'il en est issu, nous devons en conclure que la pulsion de mort se conforme à la formule donnée plus haut et suivant laquelle une pulsion tend à restaurer un état antérieur.

Abrégé de psychanalyse (1938), PUF, 1975.

Vous ne vous attendez pas à ce que j'aie grand-chose de nouveau à vous communiquer sur le ça, à part son nouveau nom. C'est la partie obscure, inaccessible de notre personnalité ; le peu que nous sachions de lui, nous l'avons appris par l'étude du travail du rêve et de la formation du symptôme névrotique, et la plus grande partie de ce que nous connaissons a un caractère négatif, et ne peut se décrire que par opposition au moi. Nous nous approchons du ça avec des comparaisons, nous l'appelons chaos, un chaudron plein d'excitations en ébullition. Nous nous représentons qu'il est ouvert à son extrémité vers le somatique, que là il recueille en lui les besoins pulsionnels, en observant le principe de plaisir. Pour les processus qui ont lieu dans le ça, les lois logiques de la pensée ne sont pas valables, surtout le principe de contradiction. Des motions opposées coexistent côte à côte sans s'annuler ni se soustraire les unes des autres, qui tout au plus se réunissent en des formations de compromis pour l'évacuation de l'énergie, sous la contrainte économique dominante. Il n'y a rien dans le ça qu'on pourrait assimiler à la négation, on constate aussi avec stupéfaction qu'il constitue l'exception à la thèse des philosophes selon laquelle l'espace et le temps sont des formes nécessaires de nos actes psychiques. Il ne se trouve rien dans le ça qui corresponde à la représentation du temps, pas de reconnaissance d'un cours temporel et, ce qui est extrêmement modification du processus psychique par le cours du temps. Des motions de désir qui n'ont jamais franchi le ça, mais aussi des impressions qui ont été plongées par le refoulement dans le ça, sont virtuellement immortelles, elles se comportent après des décennies comme si elles venaient de se produire. Elles ne peuvent être reconnues comme passé, perdre leur valeur et être dépouillées de leur investissement d'énergie, que si, par le travail analytique, elles sont devenues conscientes, et là-dessus repose pour une bonne part l'effet thérapeutique du traitement analytique ;

« La décomposition de la personnalité psychique », in Nouvelles Conférences d'introduction à la psychanalyse, (1936).

Un adage nous déconseille de servir deux maîtres à la fois. Pour le pauvre moi la chose est bien pire, il a à servir trois maîtres sévères et s'efforce de mettre de l'harmonie dans leurs exigences. Celles-ci sont toujours contradictoires et il paraît souvent impossible de les concilier ; rien d'étonnant dès lors à ce que souvent le moi échoue dans sa mission. Les trois despotes sont le monde extérieur, le surmoi et le ça. Quand on observe les efforts que tente le moi pour se montrer équitable envers les trois à la fois, ou plutôt pour leur obéir, on ne regrette plus d'avoir personnifié le moi, de lui avoir donné une existence propre. Il se sent comprimé de trois côtés, menacé de trois périls différents auxquels il réagit, en cas de détresse, par la production d'angoisse. Tirant son origine des expériences de la perception, il est destiné à représenter les exigences du monde extérieur, mais il tient cependant à rester le fidèle serviteur du ça, à demeurer avec lui sur le pied d'une bonne entente, à être considéré par lui comme un objet propre et à s'attirer sa libido. En assurant le contact entre le ça et la réalité, il se voit souvent contraint de revêtir de rationalisations préconscientes les ordres inconscients donnés par le ça, d'apaiser les conflits du ça avec la réalité et, faisant preuve de fausseté diplomatique, de paraître tenir compte de la réalité, même quand le ça demeure inflexible et intraitable. D'autre part, le surmoi sévère ne le perd pas de vue et, indifférents aux difficultés opposées par le ça et le monde extérieur, lui impose les règles déterminées de son comportement. S'il vient à désobéir au surmoi, il en est puni par de pénibles sentiments de culpabilité et d'infériorité. Le moi ainsi pressé par le ça, opprimé par le surmoi, repoussé par la réalité, lutte pour accomplir sa tâche économique, rétablir l'harmonie entre les différentes forces et influences qui agissent en et sur lui : nous comprenons ainsi pourquoi nous sommes souvent forcés de nous écrier : « Ah ! La vie n'est pas facile !»

Nouvelles conférences de psychanalyse (1932), Gallimard, 1936.

« Tu crois savoir tout ce qui se passe dans ton âme, dès que c'est suffisamment important, parce que ta conscience te l'apprendrais alors. Et quand tu restes sans nouvelles d'une chose qui est dans ton âme, tu admets, avec une parfaite assurance, que cela ne s'y trouve pas. Tu vas même pour tenir « psychique « pour identique à « conscient », c'est-à-dire connu de toi, et cela malgré les preuves les plus évidentes qu'il doit sans cesse se passer dans ta vie psychique bien plus de choses qu'il ne peut d'en révéler à ta conscience. Tu te comportes comme un monarque absolu qui se contente des informations que lui donnent les hauts dignitaires de la cour et qui ne descend pas vers le peuple pour entendre sa voix. Rentre en toi-même profondément et apprends d'abord à te connaître, alors tu comprendras pourquoi tu vas tomber malade, et peut-être éviteras-tu de le devenir.

C'est de cette manière que la psychanalyse voudrait instruire le moi. Mais les deux clartés qu'elle nous apporte : savoir, que la vie instinctive de la sexualité ne saurait complètement être domptée en nous et que les processus psychiques sont en eux-mêmes inconscients, et ne deviennent accessibles et subordonnés a u moi que par une perception incomplète et incertaine, équivaut à affirmer que le moi n'est pas maître dans sa propre maison.

Essais de psychanalyse appliquée, « Une difficulté de la psychanalyse », 1917.


Nous commençons à nous instruire en commençant à vivre

Rousseau, Emile, ou de l’Education, livre 1

Freud: l'enfant, un pervers polymorphe:

Le sexe selon Freud

Par Alain Rubens (Lire) (Lire), publié le 01/05/2008

La sexualité au coeur de tous les conflits

Une vieille histoire, toujours renouvelée entre Freud, la psychanalyse et la sexualité. Mettons les pendules à l'heure: Freud n'est ni sexologue ni gynécologue. La psychanalyse, c'est, d'abord et avant tout, faire le départ entre sexualité et génitalité. L'accouplement est une chose, la vie amoureuse, une autre. Les fameux et indispensables Trois essais sur la théorie sexuelle (1905) sont la pierre d'angle de la psychanalyse. C'est là que Freudl livre la fameuse définition qui présente l'enfant comme un "pervers polymorphe". Jamais un malentendu ne culmina à ce point sur la prétendue monstruosité du nourrisson. Freud voulait simplement dire que chez l'enfant prédominent les pulsions partielles (la vue, le toucher, le plaisir fécal, la sensorialité en général), les zones érogènes et l'autoérotisme (masturbation) qui ouvrent la voie à la grande affaire de sa vie future: le choix d'objet, à savoir la chasse au partenaire, pour en recevoir, si possible, quelque agrément et gratification.

La première grande découverte freudienne, c'est d'avoir mis en évidence que la sexualité n'est pas un long fleuve tranquille mais, bien au contraire, le noeud de tous les conflits de la vie psychique. La névrose classique, explorée dans tous ses recoins par le maître viennois, montre que les symptômes, les inhibitions ou l'angoisse sont les effets d'une lutte entre les pulsions qui tendent, avec ardeur, à la satisfaction et le Surmoi qui exerce sa censure vigilante. Ensuite, la sexualité n'est pas une chose naturelle. Dans La morale sexuelle "civilisée" et la maladie nerveuse des temps modernes1 (1908), Freud confirme, comme ses confrères, un accroissement de la maladie nerveuse. Les temps modernes favorisent les tentations multiples, surtout dans les grandes villes. Hâte et agitation, excitation électorale et politique, loisirs enfiévrés. Un parfum d'érotisme flotte sur la ville. Mais Freud en souligne, aussi, le bénéfice: "D'une façon très générale, notre civilisation est construite sur la répression des pulsions." La civilisation contraint tout un chacun. Le quantum d'énergie sexuelle se déplace, au gré du travail de sublimation, sur des fonctions sociales (sciences, art, politique, sport).

Ensuite, Freud a compris, en toute clarté, que la sexualité a ses lois, sa charpente, bref, sa structure inconsciente. Eros ne frappe pas au hasard. Dans Un type particulier de choix d'objet chez l'homme1 (1910), Freud montre que l'amour a une logique et que l'on peut désirer en série. C'est présent dans la conversation courante: Untel n'aime que les blondes, un autre n'en pince que pour les petites brunes piquantes, et elle n'est pas mon genre, dira un troisième. Freud évoque l'étrange condition de l'amour du tiers lésé. Tel homme ne choisira jamais une femme libre mais, exclusivement, une amoureuse déjà prise par un mari, un fiancé ou un ami. De plus - c'est une deuxième condition - seule une femme à la légère ou franchement mauvaise réputation pourra amorcer ce que Freud nomme l'amour de la putain. La condition éminente de possibilité du désir, c'est la jalousie. Mimétisme qui fait culminer la passion. Je désire celle que les autres désirent. Ces amants ont un besoin impérieux de désirer des femmes faciles, pourtant parées de la plus haute vertu, et de jouer, avec elles, au sauveur ou à l'homme providentiel. Ce qui est remarquable, c'est cette tendance chez ce genre de femmes, comme le note Freud, à former une longue série pour l'homme qui les chasse. Existe-t-il une logique de la vita erotica, aussi rigoureuse, dans son déchiffrement, qu'une formule chimique ou un algorithme? En tout cas, le serial lover existe bel et bien.

L'impuissance psychique
Dans un autre article, Sur le plus général des rabaissements de la vie amoureuse1 (1912), Freud se demande pourquoi tant d'hommes vont sur le divan. C'est l'impuissance psychique. Pourtant, la mécanique est sans défaut et l'envie du partenaire est forte. Dans la libido du névrosé, le courant tendre et le courant sensuel ne fusionnent pas. Pourtant, cette convergence signe la santé psychique de l'homme "normal". C'est la croix du névrosé: "Là où ils aiment, ils ne désirent pas, et là où ils désirent, ils ne peuvent aimer." Lorsque s'esquisse l'objet incestueux, il suffit d'un trait, à peine voyant, pour rappeller maman. Une façon de fumer ou un iota de silhouette. Que faire pour conjurer l'impuissance? L'homme pratique le rabaissement de la femme. On s'exécute plus facilement avec celle qu'on méprise. La perversion est, en maintes occasions (sadisme ou voyeurisme), le moyen le plus sûr de se tirer d'une affaire qui sent la confrontation. Quant à la femme, la tendance au rabaissement ou à la surestimation sexuelle est plus rare.

Que dit la psychanalyse de la femme? Freud confie à son amie de toujours, Marie Bonaparte: "La grande question restée sans réponse et à laquelle moi-même n'ai jamais pu répondre malgré mes trente années d'étude de l'âme féminine est la suivante: que veut la femme?" Voilà qui doit inciter à la modestie. On connaît le fameux continent noir (dark continent) de la vie sexuelle de la femme adulte. On ne naît pas femme, on le devient: c'est l'adage fondateur de la pensée de Simone de Beauvoir. De même pour Freud, il y a un devenir-femme de la petite fille. Rien n'est joué d'avance et le genre ne pousse pas comme une pomme sur un pommier. Dans la dramaturgie freudienne, il se trouve toujours une bonne occasion où la petite fille voit le membre du petit garçon, un frère ou un copain. Que voit-elle, en comparaison? Non pas son sexe à elle. Elle constate qu'elle ne l'a pas, ce foutu pénis. Elle l'a, mais sur le mode mineur, c'est le clitoris. Comme le dit Freud, "d'emblée elle a jugé et déci-dé. Elle a vu cela, sait qu'elle ne l'a pas et veut l'avoir". Cette envie du pénis, mal liquidée, produit des femmes masculines qui roulent les mécaniques. Il y a aussi la fameuse femme narcissique, tellement enivrée de sa propre beauté qu'elle dédaigne les hommes qui l'adulent. Mais la petite fille peut mettre le cap sur la féminité. Empêtrée dans le complexe d'OEdipe, la libido de la petite fille glisse maintenant - le long de ce qu'on ne peut appeler que l'équation symbolique pénis = enfant - vers une nouvelle position. Ecoutons bien Freud: "Elle renonce au désir du pénis pour le remplacer par le désir d'un enfant, et dans ce dessein, elle prend le père comme objet d'amour. La mère devient objet de sa jalousie; la petite fille tourne en femme." Une autre citation: "La voie du développement de la féminité est maintenant libre pour la fille."

Sexe et culture
A force de la voir graviter autour du phallus, les féministes ont taxé la psychanalyse de "phallocentrisme", mais le scénario freudien tient la route. Sublimation, devenir homme ou femme, accès amoureux à autrui ou enfermement en soi, normalité ou perversion: la sexualité est façonnée par le travail de la culture. Moeurs d'une époque, délicatesse et fermeté de l'agir parental, indispensable maîtrise des mots pour se dire et converser avec autrui. Ce que la psychanalyse pointe avec une rare obstination, c'est que le sexe et la culture, c'est tout un.

1) Dans La vie sexuelle par Sigmund Freud, PUF.

http://www.lexpress.fr/culture/livre/le-sexe-selon-freud_814026.html

Textes de Freud:

éduquer: pourquoi?

Tous ces textes mettent en valeur le fait qu'il faut sortir l'enfant de sa nature profonde. Ainsi l'éducation est-elle violence contre la nature. Mais l'enfant étant fondamentalement a-social, il ne s'agit pas de l'entretenir dans une situation qui rendrait la vie sociale impossible. De plus la nature ne l'a nullement doté de dispositions lui permettant de survivre dans la nature, à la différence des animaux.

Cependant, l'éduquer ne saurait se réduire à une adaptation sociale...Il s'agit de le conduire hors de (ex-ducere) l'état de mineur pour qu'il accède à celui de "majeur"

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