Mes cours de philosophie. Ordre ou désordre? Maryse Emel

L'antiphilosophie risque, par sa stérilisation et le tarissement à la source, de fabriquer une génération d'abrutis manipulables et parfaitement dociles, incapables non seulement de réagir, mais de comprendre l'enjeu" V.Jankelevitch

sortir de la question des moyens...se heurter au sens

Publié par maryse emel

"Les prescriptions que doit suivre le médecin pour guérir radicalement son homme, celles que doit suivre un empoisonneur pour le tuer à coup sûr, sont d'égale valeur, en tant qu'elles leur servent les unes et les autres à accomplir parfaitement leurs desseins."
Kant
Fondements de la Métaphysique des Moeurs §20

nous vivons dans un monde gouverné par la question des moyens et de l'efficacité

une des conséquences non innocente de cette idéologie technicienne est un certain "jeunisme" social...

par conséquent notre travail consistera à dégager le sens de ce choix...

Heidegger disait que la science ne pense pas..la technique non plus ne réfléchit pas ses propres présupposés...

c'est à la philosophie que revient la tâche de réfléchir nos choix sociaux et politiques.

Par exemple, il ne s'agit pas de réformer l'école....il faut d'abord repenser le sens de l'école pour pouvoir trouver des remèdes ou des orientations comme on dit...

      Chercher le sens...le mythe cherchait lui aussi du sens..A ce titre la philosophie est née du mythe sans pour autant le faire disparaître. Deux pensées du monde..deux pensées cependant différentes...

      Chercher le sens c'est aussi le message de Socrate

  •                  le mythe

le mythe ne sort jamais de sa parole dogmatique et équivoque. c'est un discours qui se rattache à la fiction.

il attend un travail d'interprétation. Cependant il y a un souci de vérité dans le discours du mythe (voir la récurrence de ce souci chez Homère ou encore le début de la Théogonie d'Hésiode:

Avant tout chantons les Muses Hélikoniades qui du Hélikôn habitent la grande et sainte montagne, et, de leurs pieds légers , autour de la fontaine violette et de 1’autel du très-puissant Kroniôn, bondissent; et qui, dans le Permessos ayant lavé leur corps délicat, ou dans la Hippoukrène, ou dans l’Olmîos sacré, au faîte du Hélikôn mènent les danses belles et désirables, et agitent les pieds avec force.

De là, se précipitant, enveloppées d’un air épais, elles vont dans la nuit, élevant leur belle voix et louent Zeus tempêtueux et la vénérable Hèrè, l’Argienne, qui marche avec des sandales dorées, et la fille de Zeus tempêtueux, Athènè aux yeux clairs, et Phoibos Apollôn, et Artémis joyeuse de ses flèches, et Poseidaôn qui contient la terre et qui la secoue, et Thémis la vénérable, et Aphrodite aux paupières arrondies, et Hèbè ornée d’une couronne d'or, et la belle Diônè, et Éôs, et le grand Hèlios, et la luisante Sélènè, et Létô, et Iapétos, et le subtil Kronos, [20] et Gaia, et le grand Okéanos, et la noire Nyx, et la race sacrée des autres Immortels qui vivent toujours. Autrefois, à Hésiodos elles enseignèrent un beau chant, tandis que, sous le Hélikôn sacré, il paissait ses agneaux. Et d'abords elles me parlèrent ainsi, ces Déesses, les Muses Olympiades, filles de Zeus tempêtueux :

- Pasteurs, qui dormez en plein air, race vile, qui n'êtes que des ventres, nous savons dire des mensonges nombreux semblables aux choses vraies, mais nous savons aussi, quand il nous plaît, dire la vérité.

Ainsi parlèrent les Filles véridiques du grand Zeus, et [30] elles me donnèrent un sceptre, un rameau de vert laurier admirable à cueillir ; et elles m'inspirèrent une voix divine, afin que je pusse dire les choses passées et futures ; et elles m'ordonnèrent de chanter la race des heureux Immortels, mais, elles-mêmes, de toujours les chanter au commencement et à la fin.

plusieurs significations peuvent lui être apportées. Prenons quelques exemples.

  • l'épisode du Cyclope dans l'Odyssée d'Homère..Le Cyclope c'est l'anti-humain par excellence, l'humain étant qualifié à plusieurs reprises dans le texte de "mangeur de pain". IL ne mange que du cru et pratique le cannibalisme. Ivrogne il est dans la démesure.  Il est rustre et incapable d'une réflexion ..et plus précsément de ruse. Bref il lui manque toutes les caractéristiques de l'humain. Le voyage d'Ulysse apparaît ainsi comme une découverte des limites de l'humain.
  • Pénélope ou le texte de la mémoire: gardienne d'ITHAQUE, elle sauve Ulysse de l'oubli. Tisser étymologiquement renvoie à la toile, le tissu, le textile,  le texte.......... elle trame la toile...toile narrative et toile de l'araignée. 
  • Chronos, temps mutilateur et créateur. De son acte castrateur surgit cependant la beauté.
  • Prométhée ou les origines ambiguês de la technique elle nous rapproche des Dieux et en même temps elle nous en éloigne du fait d'un acte sacrilège...
  • Adam et Eve ou la question du libre-arbitre (introduit par le serpent)

 

quelques exemples qui montrent la permanence du désir de vérité et de sens chez l'homme.

Comprendre n"est pas connaître....c'est un des sens que l'on peut prêter à la phrase de Socrate; je sais une chose, c'est que je ne sais rien".

  •  la figure de Socrate: le conflit savoir et pouvoir

affirmer son ignorance  a plusieurs sens:

  • méfiance à l'égard des faux savoirs "je me rendis auprès des artisans. Car j’avais conscience de ne rien savoir, pour ainsi dire, et eux du moins, j’étais sûr de les trouver sachant beaucoup de belles choses. Et effectivement je ne m’étais pas trompé sur ce point : ils avaient un savoir que moi, je n’avais pas et en cela ils étaient plus savants que moi. Mais, Athéniens, il m’apparut que ces bons professionnels avaient eux aussi le même défaut que les poètes : parce qu’il faisait bien son métier, chacun d’eux s’estimait très savant pour le reste, y compris les choses les plus importantes, et cette prétention éclipsait sa compétence propre. De sorte que je me demandai en moi-même, pour faire crédit à l’oracle, si je ne préférais pas être tel que j’étais, ni savant de leur science ni ignorant de leur ignorance, plutôt que d’être comme eux les deux à la fois. Ma réponse, à moi-même et à l’oracle, fut qu’il valait mieux pour moi être comme j’étais.Oui, c’est cette enquête, Athéniens, qui m’a valu tant de haines, de l’espèce la plus pénible et la plus implacable, et celles-ci ont fait naître à leur tour maintes calomnies et m’ont fait attribuer ce qualificatif de savant. En effet, chaque fois que, sur un sujet, je confonds mon interlocuteur, les gens qui sont présents se figurent que moi, je connais ce sujet. En réalité, messieurs, il y a des chances que ce soit le dieu qui détienne le savoir et qu’il ait voulu dire dans cet oracle que la science des hommes a peu de valeur, voire aucune. Il est clair qu’il a nommé votre serviteur, Socrate, et qu’il s’est servi de mon nom à titre d’exemple, exactement comme s’il disait : " Parmi vous, ô humains, celui-ci est le plus savant qui, à l’instar de Socrate, a reconnu qu’en matière de science il ne vaut rien en vérité. " Voilà pourquoi, aujourd’hui encore, je poursuis ici et là mes investigations dans l’esprit du dieu, en quête de quelqu’un qui, parmi les citoyens et les étrangers, me paraîtrait savant. Et quand il me semble qu’il ne l’est pas, pour servir la cause du dieu, je mets en évidence son ignorance."  Platon Apologie de Socrate
  • nécessité de réfléchir modestement à la signification de ses connaissances. Réflexion n'est pas érudition...C'est bien pourquoi Socrate ne cesse de se mettre à l'écart des faux savants...
  • ne pas confondre savoir et pouvoir. La compétence dans certains domaines de la connaissance ne sauraient donner droit à la mainmise sur les hommes.  C'est ce que souligne cet extrait de l'Apologie. A partir du moment où les hommes posent leurs compétences dans un domaine ils ont la tentation de glisser et de généraliser abusivement; un certain orgueil les conduit à affirmer leur compétence en dehors de leur domaine propre. c'est bien plus les moyens de contrôle sur les hommes qui les séduit que la "gratuité" du savoir. Pour les hommes la tentation est grande de tout ramener à leurs intérêts propres.
  • de la découle une méfiance à l'égard de la démocratie. Les affaires de la Cité supposent des compétences que n'importe qui ne saurait avoir.
  •  il s'agit de ne pas tomber dans les illusions du pouvoir....savoir n'est pas pouvoir

 

philosopher c'est donc se poser des questions ( ironiser au sens étymologique )